Les règles du Ramadan : obligations, ce qui annule le jeûne, dispenses
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À retenir :
- Le jeûne du Ramadan est obligatoire pour tout musulman pubère, sain d'esprit, capable, résident et libre de tout empêchement
- Ibn Uthaymin recense 7 annulatifs, et un seul impose une expiation de deux mois de jeûne consécutifs ou 60 pauvres nourris
- La personne âgée incapable de jeûner nourrit un pauvre à la place de chaque journée, soit 29 ou 30 repas pour le mois
- Les écoles divergent sur la femme enceinte ou allaitante, et chaque position est donnée ici avec sa source
Les règles du Ramadan imposent au musulman adulte de s'abstenir de manger, de boire et de relations intimes de l'aube au coucher du soleil, avec une intention formée la nuit, et prévoient un rattrapage ou une compensation pour chaque dispense.
Chaque année, les mêmes questions reviennent dans les mosquées de France dès les premiers soirs : un verre d'eau bu par oubli, un collyre, des menstruations qui arrivent une heure avant la rupture, un grand-père diabétique qui veut jeûner malgré tout. Le règlement du Ramadan, ou Ramadhan selon une autre graphie, tient pourtant dans un cadre précis, fixé par le Coran, la sunna et les avis des oulémas. Ce guide réunit ce cadre : qui doit jeûner, ce qui rend le jeûne valide, ce qui l'annule avec ou sans expiation, les dispenses et leur compensation, le cas de la femme menstruée, puis les actes recommandés pendant le mois. Chaque position est attribuée à son auteur, avec la référence de l'ouvrage, et les divergences entre écoles sont présentées sans être tranchées.
Quelles sont les règles du Ramadan ?
Les règles du Ramadan se répartissent en trois blocs : les conditions qui rendent le jeûne obligatoire, les actes qui l'annulent pendant la journée, et les dispenses accordées au malade, au voyageur, à la femme en période de menstruation ou à la personne âgée, chacune avec sa propre compensation.
Le fondement est coranique. Le verset 183 de la sourate Al-Baqara prescrit le jeûne aux croyants « comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés », et le verset 185 précise que le Ramadan est un mois au cours duquel le Coran a été révélé, en ouvrant aussitôt une dispense au malade et au voyageur. Le jeûne n'est pas la seule pratique attachée à ce mois : la générosité en fait partie, et les occasions de donner pendant le mois de Ramadan obéissent à leurs propres repères.
Le mois du Ramadan, neuvième mois du calendrier islamique, commence avec l'apparition du croissant de lune qui suit la nouvelle lune, et se termine de la même façon. Le calendrier musulman étant lunaire, le mois recule d'environ onze jours chaque année dans le calendrier grégorien et traverse toutes les saisons : en 2027, le jeûne tombe en hiver, avec des journées plus courtes qu'en juin.
Quelles sont les conditions du jeûne ?
Les conditions du jeûne sont de deux ordres. Les conditions d'obligation désignent qui doit jeûner : le musulman pubère, sain d'esprit, capable, résident et libre d'empêchement. Les conditions de validité désignent ce qui rend le jeûne recevable : l'intention formée avant l'aube et l'abstention complète jusqu'au coucher du soleil.
Cheikh Ibn Uthaymin détaille ces conditions dans ash-Sharh al-Mumti'. Elles distinguent le pratiquant tenu d'observer le jeûne de celui qui jeûne seulement pour s'y habituer. Un enfant n'est pas tenu de jeûner avant la puberté, même si ses parents l'y habituent progressivement, par exemple une demi-journée le week-end. Une personne privée de raison n'y est pas tenue non plus. Le nouveau musulman qui embrasse l'islam pendant le mois jeûne à partir de sa conversion, sans rattraper ce qui précède.
La niyya est l'intention de jeûner, formée dans le cœur et non prononcée à voix haute. Pour le jeûne obligatoire, elle se forme la nuit, avant l'aube, sur la base d'un hadith de Hafsa transmis par an-Nasa'i n° 2337 et authentifié par Al-Albani, que d'autres muhaddithin tiennent pour une parole de compagnon.
L'abstention, elle, a une borne précise. Le verset 187 de la sourate Al-Baqara permet de manger et de boire la nuit « jusqu'à ce que se distingue pour vous le fil blanc du fil noir de l'aube », puis ordonne d'achever le jeûne jusqu'à la nuit. Se lever pour le sahur témoigne déjà de la niyya : celui qui se lève avant l'aube pour se nourrir en vue de jeûner a, de fait, formé sa décision.
Quand peut-on manger pendant le Ramadan ?
Pendant le Ramadan, le jeûneur peut se nourrir du coucher du soleil jusqu'à l'aube. Deux moments encadrent la journée : le sahur, pris avant l'aube, et l'iftar, la rupture du jeûne au moment de l'appel à la prière du maghrib. Les deux sont rattachés à la sunna par des hadiths authentiques.
Anas transmet la recommandation du Prophète Muhammad (sws) : « Prenez le sahur, car il y a une bénédiction dans le sahur », al-Bukhari n° 1923 et Muslim n° 1095. Pour la rupture, Sahl ibn Sa'd transmet que les gens resteront dans le bien tant qu'ils hâteront l'iftar, al-Bukhari n° 1957 et Muslim n° 1098. Retarder le sahur et avancer l'iftar sont donc deux sunna, à l'inverse de l'habitude qui consiste à veiller tard puis à sauter la collation de l'aube.
Les horaires exacts varient selon la ville et l'angle de calcul retenu pour l'aube. En France, le jeûne de 2027 est attendu à partir du lundi 8 février, sous réserve de l'observation du croissant, et le détail du calendrier lunaire figure dans notre article sur le début du jeûne en février 2027.
Quels sont les interdits pendant le Ramadan ?
Les interdits pendant le Ramadan, du lever de l'aube au coucher du soleil, sont les actes qui annulent le jeûne : se nourrir, s'abreuver, les relations sexuelles, l'éjaculation provoquée, le vomissement volontaire, la saignée par ventouses selon une partie des savants, et le sang des menstruations ou des lochies. Fumer est assimilé au fait de boire.
Cette liste est celle que Cheikh Ibn Uthaymin donne dans Majalis Shahr Ramadan. Il y ajoute, par analogie, les perfusions nutritives qui remplacent l'alimentation. Sur le tabac, il qualifie de sans fondement l'avis selon lequel fumer ne romprait pas le jeûne, et considère que la fumée parvient à l'estomac comme une boisson (Fatawa as-Siyam). L'alcool, interdit en tout temps, rompt évidemment le jeûne, en plus du péché qu'il constitue.
| Acte volontaire | Effet sur le jeûne | Ce qui est dû |
|---|---|---|
| Se nourrir, s'abreuver, fumer | Jeûne annulé | Rattrapage |
| Relation intime en journée | Jeûne annulé | Rattrapage et kaffara |
| Éjaculation provoquée | Jeûne annulé | Rattrapage, sans kaffara |
| Vomissement volontaire | Jeûne annulé | Rattrapage |
| Hijama (ventouses) | Annulé selon les hanbalites | Rattrapage selon cet avis |
La saignée par ventouses est le point le plus discuté de la liste. Le cheikh la retient, conformément à l'école hanbalite, et y assimile le don du sang abondant ; les trois autres écoles de jurisprudence islamique, hanafite, malikite et chafiite, ne la comptent pas parmi les annulatifs. Le lecteur suit sur ce point l'avis du savant qu'il prend pour référence.
Trois conditions s'appliquent à tous ces actes, sauf aux menstruations : savoir que l'on jeûne, ne pas avoir oublié, agir de son plein gré. Selon Abou Hourayra, celui qui mange ou boit par oubli achève son jeûne, car c'est Allah qui l'a nourri et abreuvé, al-Bukhari n° 6669 et Muslim n° 1155. Le comportement compte également : selon un autre hadith d'Abou Hourayra, celui qui ne délaisse pas la parole mensongère et sa pratique, Allah n'a nul besoin qu'il délaisse sa nourriture et sa boisson, al-Bukhari n° 1903.
- Collyre et khôl : n'annulent pas le jeûne dans l'avis le plus juste selon Ibn Baz, Majmu' al-Fatawa, tome 15, page 262
- Dentifrice : permis selon le même recueil, page 261, à condition de ne rien avaler
- Oubli : le jeûne continue, sans rattrapage
- Vomissement involontaire : sans effet, contrairement au vomissement provoqué
Comment rattraper les jours de jeûne manqués ?
Les jours de jeûne manqués pour une excuse se rattrapent un pour un après la fin du Ramadan, avant le Ramadan suivant, d'affilée ou séparément. Seule la relation intime en journée ajoute une expiation, la kaffara, et seule l'incapacité durable remplace le rattrapage par la fidya, la nourriture d'un pauvre.
Aïcha racontait qu'elle avait des jeûnes du Ramadan à rattraper et qu'elle ne pouvait s'en acquitter qu'en Chaabane, al-Bukhari n° 1950 et Muslim n° 1146. Le délai court donc sur onze mois, jusqu'au mois de jeûne suivant. Au-delà, Cheikh Ibn Baz distingue deux cas dans une réponse du programme Nour ala ad-Darb : celui qui a été empêché par la maladie rattrape seulement, tandis que celui qui a laissé passer l'année sans excuse se repent, rattrape et nourrit un pauvre pour chaque jour dû, à raison d'un demi-saa.
Un homme vint trouver le Prophète et dit : Je suis perdu, j'ai eu une relation avec ma femme alors que je jeûnais. Il lui demanda : Trouves-tu un esclave à affranchir ? Il répondit : Non. Peux-tu jeûner deux mois consécutifs ? Non. Trouves-tu de quoi nourrir soixante pauvres ? Non.
Abou Hourayra, al-Bukhari n° 1936 et Muslim n° 1111L'ordre de la kaffara est hiérarchique : l'affranchissement n'existant plus, elle commence par deux mois de jeûne sans interruption, et ce n'est qu'en cas d'incapacité réelle que l'on passe aux soixante pauvres. Selon Ibn Uthaymin, elle ne concerne que la relation sexuelle pendant une journée de Ramadan où le jeûne était dû : le voyageur dispensé ou celui qui rattrape hors du mois ne la doit pas.
| Mécanisme | Qui est concerné | Ce qui est dû |
|---|---|---|
| Rattrapage (qada) | Malade guéri, voyageur, femme menstruée | Une journée pour une journée |
| Kaffara | Relation intime en journée de Ramadan | Deux mois consécutifs, sinon 60 pauvres |
| Fidya | Âge avancé, maladie sans espoir de guérison | Un pauvre nourri par journée |
Qui est dispensé du jeûne pendant le Ramadan ?
Sont dispensés du jeûne pendant le Ramadan le malade, le voyageur, la femme enceinte ou allaitante, la personne âgée incapable de jeûner, ainsi que la femme pendant ses menstruations ou ses lochies, pour qui le jeûne est interdit. La dispense ne signifie pas l'effacement de la dette : elle la reporte ou la convertit.
Cheikh Al-Fawzan détaille ces cas d'exemption dans une réponse publiée sur son site officiel. Le malade pour qui le jeûne est pénible ou retarde la guérison rompt, et cela lui est même recommandé, puis il rattrape. Le voyageur peut rompre à partir de quatre-vingts kilomètres de trajet, qu'il soit fatigué ou non, et redevient soumis au jeûne s'il prévoit de séjourner plus de quatre jours sur place. Le malade chronique et le vieillard incapable nourrissent un pauvre à la place de chaque journée, un demi-saa de blé ou d'un autre aliment, sans rattrapage.
La fidya repose sur le verset 184 de la sourate Al-Baqara. Ibn Abbas précisait que ce verset n'est pas abrogé et qu'il vise le vieil homme et la vieille femme qui ne peuvent plus jeûner : ils nourrissent un pauvre à la place de chaque journée, al-Bukhari n° 4505. Sur un mois complet, cela représente 30 pauvres nourris, soit 30 demi-saa selon la mesure retenue par Al-Fawzan.
Pour la femme enceinte ou allaitante, la dispense elle-même fait consensus. Anas al-Ka'bi transmet qu'Allah a allégé pour le voyageur la moitié de la prière, et pour le voyageur, la femme enceinte et celle qui allaite le jeûne, at-Tirmidhi n° 715 et an-Nasa'i n° 2315, authentifié par Al-Albani. La divergence porte sur ce qui est dû ensuite.
| Référence | Crainte pour l'enfant seul | Source |
|---|---|---|
| École hanafite | Rattrapage seul | Al-Mabsut d'as-Sarakhsi |
| Ibn Baz | Rattrapage seul | Majmu' al-Fatawa, tome 15 |
| Ibn Uthaymin | Rattrapage seul | Ash-Sharh al-Mumti', tome 6 |
| Lajna Da'ima | Rattrapage seul | Fatawa, tome 10, page 220 |
| Chafiites, hanbalites | Rattrapage et un pauvre nourri | Doctrine des deux écoles |
| Al-Fawzan | Rattrapage et un pauvre nourri | Réponse de son site officiel |
L'école malikite distingue encore : la femme qui allaite et craint pour son nourrisson rattrape et nourrit, celle qui est enceinte rattrape seulement. Un avis attribué à Ibn Abbas, Abou Dawoud n° 2318, se contente en revanche de la nourriture sans rattrapage, et Cheikh Ibn Baz le juge faible. Quand la crainte porte sur la mère, Ibn Qudama ne connaît aucune divergence : elle rattrape, sans fidya. Le montant de la fidya en euros pour 2027 relève d'un autre calcul et ne figure pas ici.
Comment gérer les règles pendant le Ramadan ?
Pendant le Ramadan, la femme qui a ses règles ne jeûne pas et ne prie pas : l'interdiction de jeûner vaut pour toute la durée des menstruations, et les jours manqués se rattrapent ensuite, contrairement aux prières, qui ne se rattrapent pas. La même règle s'applique aux lochies après l'accouchement.
Cela nous arrivait, et il nous était ordonné de rattraper le jeûne, et il ne nous était pas ordonné de rattraper la prière.
Aïcha, Muslim n° 335Trois situations reviennent chaque année. Si les menstruations surviennent avant le coucher du soleil, même un instant avant, le jeûne est annulé et se rattrape : Ibn Uthaymin l'écrit dans ad-Dima' at-Tabi'iyya lil-Nisa', et la Lajna Da'ima, le comité permanent de la fatwa d'Arabie saoudite, répond dans le même sens (Fatawa, tome 10, page 155). Si le sang s'arrête avant l'aube, la femme jeûne même si elle ne se lave qu'après l'aube, à condition d'être certaine de sa pureté, selon le même cheikh (Majmu' al-Fatawa, tome 19, page 107). Enfin, Ibn Baz juge permis de prendre un médicament qui retarde le cycle en cas de besoin, et précise que la femme qui a jeûné en étant pure grâce à ce traitement n'a rien à rattraper.
Le décompte concret mérite d'être anticipé. Une femme dont les menstruations durent six ou sept jours aura en moyenne une semaine de jeûne à rattraper, à placer dans les onze mois suivants. La question de la santé du corps se pose ici sans ambiguïté religieuse : l'interruption n'est pas une faiblesse, c'est l'application de la règle, et une femme musulmane n'a pas à se justifier de ne pas jeûner devant sa famille ou en société.
Quels conseils pour bien vivre le Ramadan ?
Bien vivre le Ramadan suppose d'ajouter au jeûne les actes que la sunna y attache : la prière de nuit, la lecture du Coran, la recherche de la nuit du Destin dans les dix dernières nuits, l'aumône tout au long du mois et la zakat al-Fitr avant la prière de l'Aïd.
Selon Abou Hourayra, celui qui jeûne le Ramadan avec foi et en espérant la récompense voit ses péchés passés pardonnés, al-Bukhari n° 38 et Muslim n° 760. La prière de nuit tient une place centrale dans la pratique du jeûne, et sa forme est détaillée dans notre article sur la prière de nuit du Ramadan et son nombre d'unités. Les dix dernières nuits concentrent l'effort autour de la nuit qui vaut mieux que mille mois.
- L'alimentation : un sahur pris tard et un iftar sans excès aident à tenir sans fatigue
- Le Coran : une lecture régulière, quelques pages après chaque prière, plutôt qu'un objectif intenable
- L'aumône : répartie sur le mois, avec un effort accru pendant les dix dernières nuits
- La langue : la privation de nourriture ne vaut rien sans la protection contre la médisance
Pour les familles qui organisent leurs dons, il est utile de planifier ses dons sur les trente nuits plutôt que de tout verser le dernier soir. La fin du Ramadan, avant la fête de l'Aïd el-Fitr, apporte enfin une obligation distincte, l'aumône due avant la prière de l'Aïd, attendue le mardi 9 mars 2027. Aucune de ces pratiques ne remplace le jeûne lui-même, mais elles en forment la dimension spirituelle, celle que Qurban rappelle à ceux qui donnent pendant le mois.
Questions fréquentes
Comment concilier règles et Ramadan ?
Une femme en période de menstruation reste pleinement dans le Ramadan sans jeûner ni prier. Elle peut multiplier les invocations, le rappel d'Allah, l'aumône et la préparation de l'iftar pour les jeûneurs de la communauté musulmane. Les jours manqués se rattrapent ensuite, comme le pratiquaient les femmes du temps du Prophète Muhammad, selon le hadith d'Aïcha chez Muslim.
Quels sont les piliers de l'islam liés au Ramadan ?
Le jeûne du Ramadan est l'un des cinq piliers de l'islam, avec l'attestation de foi, la prière, la zakat et le pèlerinage, selon le hadith d'Ibn Umar dans al-Bukhari n° 8 et Muslim n° 16. La zakat al-Fitr, due à la fin du mois, est une obligation distincte de la zakat annuelle sur les biens.
Avant le 8 février 2027
Le Ramadan 1448 approche, et la plupart des questions qu'il soulèvera tiennent déjà dans un cadre connu. Reste à appliquer ce cadre à sa propre vie : un traitement médical à adapter avec son médecin, des jeûnes de l'an passé encore dus, une grossesse en cours, un parent âgé dont il faudra peut-être compenser le jeûne. Ces situations se règlent mieux en décembre qu'au soir du premier jour. Une question reste à vous poser dès maintenant : avez-vous rattrapé tout ce que vous deviez de l'an dernier, ou faudra-t-il ajouter une compensation à votre rattrapage ?


