Nuit du doute 2027 : la méthode de la Grande Mosquée de Paris et du CFCM

Kone

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Souleymane

15 min de lecture
Bannière vert clair avec le titre La nuit du doute, un croissant de lune, deux étoiles et une lunette astronomique sur trépied posée sur une colline

À retenir :

  • La nuit du doute 2027 est attendue le samedi 6 février au coucher du soleil, 29 Chaabane 1448 selon le calendrier Umm al-Qura.
  • Le 1er Ramadan 1448 est prévu le lundi 8 février 2027, sous réserve de l'observation du croissant.
  • En 2026, la Grande Mosquée de Paris a ouvert le mois le 18 février et le CFCM le 19, pour une même fête le 20 mars.
  • Jeûner la journée du doute par précaution est désapprouvé par une parole du compagnon Ammar ibn Yasir, authentifiée par Al-Albani.

La nuit du doute est la soirée du 29 Chaabane où une instance cherche le premier croissant de lune pour fixer le début du Ramadan ; en 2027, elle est attendue vers le 6 février, sous réserve de l'observation du croissant.

Le 17 février 2026, deux décisions se sont croisées : la Grande Mosquée de Paris (GMP) ouvrait le mois du Ramadan le 18, le CFCM maintenait le 19. Selon l'instance suivie, les musulmans de France ont donc commencé l'abstinence avec une journée d'écart. Au cœur de cet écart se trouve une tradition musulmane appelée laylat ach-chakk en arabe (aussi écrite laylat al-chak), la nuit du doute. Cet article explique ce que les textes disent de la journée du doute, comment se déroule concrètement la soirée d'observation du ciel organisée à Paris, sur quels critères le CFCM calcule ses dates à l'avance, ce que pensent Cheikh Ibn Baz et Cheikh Ibn Uthaymin de l'astronomie, et quelle date exacte attendre pour la nuit du doute 2027. Chaque position est rattachée à sa source, texte officiel ou référence religieuse.

Qu'est-ce que la nuit du doute ?

La nuit du doute est la soirée du 29e jour du mois lunaire, le plus souvent le 29 Chaabane, pendant laquelle on cherche le croissant de lune (hilal) dans le ciel juste après le coucher du soleil. Si la lune est visible, le nouveau mois commence le lendemain ; sinon, le mois en cours est complété à trente jours.

En islam, le calendrier musulman est un calendrier lunaire, sans lien avec le calendrier solaire : un mois y dure 29 ou 30 jours, jamais plus. Rien ne permet de savoir d'avance lequel des deux sans regarder la lune dans le ciel ou prévoir sa phase par l'astronomie. C'est la raison de l'expression : une attente qui ne se lève qu'à la dernière minute, chaque année, dans tout le monde musulman. Les livres de fiqh parlent d'ailleurs surtout du yawm ach-chakk, la journée qui suit, plutôt que de la nuit elle-même.

Le yawm ach-chakk, ou journée du doute, est selon Cheikh Ibn Baz le trentième de Chaabane lorsque le croissant n'a pas pu être vu la veille, par exemple à cause des nuages. Cette journée peut appartenir à Chaabane comme ouvrir le Ramadan, d'où le doute.

La date officielle retenue ce soir-là règle tout le mois qui suit : l'heure du premier repas avant l'aube, la première prière de tarawih, la nuit du Destin, et le calendrier de ceux qui veulent donner pendant le mois de jeûne dès la première semaine. En France, deux méthodes coexistent pour établir cette date, et c'est ce qui donne à la soirée une si grande importance.

Peut-on jeûner le jour du doute ?

La journée du doute ne se jeûne pas selon Cheikh Ibn Baz, qui s'appuie sur une parole du compagnon Ammar ibn Yasir rapportée par Abou Dawoud et authentifiée par Al-Albani. Le savant précise que cette journée ne s'observe ni par recommandation, ni par obligation, même lorsque le ciel est couvert.

Le contexte est rapporté par Sila ibn Zufar. Des gens étaient réunis chez Ammar ibn Yasir ce trentième de Chaabane ; on apporta une brebis rôtie et Ammar invita chacun à manger. L'un des présents s'écarta en disant qu'il était à jeun. Ammar lui répondit par la phrase suivante.

Celui qui jeûne la journée au sujet de laquelle on doute a désobéi à Abou al-Qasim.

Ammar ibn Yasir, rapporté par Abou Dawoud n° 2334, at-Tirmidhi n° 686 et Ibn Majah n° 1645, authentifié par Al-Albani dans Sahih Abi Dawoud n° 2334 et Irwa al-Ghalil n° 961

Cette parole est celle d'un compagnon, pas une phrase du Prophète, mais Ammar y parle de désobéissance à Abou al-Qasim, surnom du Prophète (sws) : il rapporte donc un jugement qu'il tient de lui. Al-Bukhari la cite sans chaîne complète (mu'allaq), sous une forme affirmative, dans son livre consacré au saum, et Ibn Hajar la juge authentique dans Taghliq at-Ta'liq.

Une seule exception est admise par les textes de l'islam : la personne qui a une pratique personnelle régulière. Abou Hourayra (ra) rapporte que le Prophète (sws) a interdit de devancer le Ramadan d'un ou deux jours, sauf pour celui qui avait déjà l'habitude d'observer ce jour-là (al-Bukhari n° 1914, Muslim n° 1082). Cheikh Ibn Baz cite les deux textes ensemble dans son commentaire de Zad al-Ma'ad d'Ibn al-Qayyim, et conclut qu'il faut au contraire manger ce jour-là.

Comment se déroule la nuit du doute ?

La nuit du doute de la GMP suit un déroulé stable : une date publiée plusieurs semaines à l'avance, une réunion au coucher du soleil du 29 Chaabane, l'examen de l'observation de la lune et des données des astronomes, puis une décision diffusée dans la soirée. Le déroulé de 2026 sert ici d'exemple, documents à l'appui.

  1. La convocation. Le 26 janvier 2026, un communiqué signé du recteur Chems-eddine Hafiz donne la date et l'heure de la réunion.
  2. La réunion. La commission religieuse, chargée de fixer la date du début du Ramadan, se réunit à Paris le 29 Chaabane, dernier ou avant-dernier jour du mois.
  3. L'examen. Selon ce texte, les membres observent la nouvelle lune et prennent en compte les résultats des prévisions des astronomes.
  4. La décision. À l'issue de la réunion du 17 février 2026, une déclaration commune signée par plusieurs fédérations, dont celle de la GMP et Musulmans de France, retient le lendemain comme premier matin de Ramadan.

Le 26 janvier 2026, trois semaines avant l'échéance, la GMP a convoqué sa nuit du doute pour le mardi 17 février 2026 à 18 heures, soit le 29 Chaabane 1447, en la présentant comme une tradition maintenue pour l'unité des musulmans.

Deux détails changent la lecture habituelle de ce rituel. D'abord, le texte ne détaille pas la composition de la commission : on ne sait pas, à sa lecture, qui observe ni depuis quel endroit. Ensuite, la déclaration commune publiée à l'issue de la réunion justifie la date par le calcul scientifique et les données astronomiques universelles, examinés par une instance théologique commune, sans mentionner explicitement un croissant vu à l'œil nu. L'institution parisienne n'oppose donc pas l'observation à l'astronomie : elle combine les deux, avec une décision prise la veille.

Comment le CFCM détermine-t-il le début du Ramadan ?

Le CFCM fixe le début du Ramadan par calcul astronomique depuis sa décision du 9 mai 2013, adoptée à l'unanimité de ses composantes, GMP comprise à l'époque. Les dates sont publiées avant le mois, sans réunion d'observation la veille, ce qui permet une annonce officielle anticipée.

Les critères retenus sont ceux de la conférence islamique de 1978 sur le calcul des mois lunaires, à laquelle tous les pays musulmans avaient participé selon le CFCM. Ils ont été complétés en 2016 par deux conditions destinées, selon l'instance, à rapprocher l'astronomie de la réalité d'une observation visuelle.

  • Condition géographique : la possibilité de vision prévue de la nouvelle lune doit se réaliser sur un continent, et non dans l'océan Pacifique à l'extrême ouest du continent américain.
  • Condition horaire : cette possibilité de vision doit intervenir avant minuit en temps universel pour être prise en compte.
  • Base de la décision : le cycle de la lune autour de la Terre, connu à la minute près, et non un témoignage recueilli dans la soirée.

Dans sa mise au point du 21 février 2026, le CFCM se présente comme l'instance élue par le plus grand nombre de représentants du culte musulman français, avec environ 1 200 salles de prière ayant participé à ses dernières élections, et reproche à la nuit du doute de ne pas permettre aux fidèles d'anticiper leurs dispositions.

CritèreGMPCFCM
MéthodeNuit du doute, observation et prévisionsCritères astronomiques de 1978
Moment de la décisionAu soir du 29 ChaabaneAvant le début du mois
OrganeCommission religieuse réunie à ParisConseil, décision du 9 mai 2013
1er Ramadan 2026Mercredi 18 févrierJeudi 19 février
Aïd el-Fitr 2026Vendredi 20 marsVendredi 20 mars

Pourquoi deux dates de Ramadan en 2026 ?

Les deux dates de 2026 viennent d'une lecture différente du même ciel. Selon le CFCM, la conjonction se produisait le mardi 17 et les conditions de visibilité du croissant n'étaient réunies que le 18, d'où une ouverture du mois le jeudi 19 ; la GMP a retenu la veille, le 18.

Le CFCM avance une explication : il estime que le choix parisien a subi une influence considérable de la décision de l'Arabie saoudite. Son annexe technique ajoute qu'à La Mecque, l'aube du 18 tombait à 2 h 32 en temps universel, alors que la première possibilité de vision du croissant n'était attendue qu'à 3 h 42. L'abstinence y aurait donc commencé avant toute observation possible, selon cette lecture. La déclaration commune signée par la GMP, de son côté, invoque les données astronomiques universelles.

Le détail le plus parlant tient à la fin du mois. La célébration de l'Aïd el-Fitr est tombée le même vendredi 20 mars 2026 pour les deux instances : le CFCM l'avait publié dans un communiqué du 10 mars, et la page des fêtes religieuses de la GMP affiche la même date. Le Ramadan 2026 a donc duré 30 jours pour les fidèles de la GMP et 29 pour ceux du CFCM. Aucune des deux instances ne conteste la règle du mois de 29 ou 30 jours ; elles divergent sur le moyen d'établir la première soirée. L'affaire relève du choix de méthode, pas de la foi, et ne porte en grande partie que sur le point de départ.

Quand a lieu la nuit du doute 2027 ?

La nuit du doute 2027 est attendue le samedi 6 février 2027 au coucher du soleil, qui correspond au 29 Chaabane 1448 dans le calendrier Umm al-Qura. Le 1er Ramadan est prévu le lundi 8 février 2027, sous réserve de l'observation du croissant et du début de Chaabane retenu en France.

La conjonction tombe ce même samedi, date d'une éclipse solaire annulaire, trop tard pour qu'un croissant lunaire soit visible depuis Paris dans la soirée. Une observation ce samedi conduirait donc à compléter Chaabane et à commencer le mois le lundi 8. Si Chaabane commence un jour plus tard en France, la soirée d'attente glisse au dimanche 7 février, date retenue dans le calendrier détaillé du mois sacré 2027.

ÉchéanceDate estimée 2027Ce qui s'y décide
29 Chaabane 1448Samedi 6 février, coucher du soleilDébut du Ramadan
1er Ramadan 1448Lundi 8 févrierPremier repas avant l'aube
29 Ramadan 1448Lundi 8 mars, coucher du soleilFin du Ramadan, mois de Chawwal
Aïd el-FitrMardi 9 marsFête de la rupture

La seconde nuit du doute de l'année, celle du 29 Ramadan, établit la date de fin du mois de Ramadan et celle de l'Aïd el-Fitr qui marque la fin de l'abstinence, détaillée dans l'article sur la fête de la rupture 2027. Elle arrête aussi la date limite de la zakat al-Fitr due avant la prière, ce qui pousse à la préparer avant le 8 mars. Pour le reste du mois, le calendrier des dons du mois béni part de la même première soirée.

Que disent Ibn Baz et Ibn Uthaymin du calcul astronomique ?

Cheikh Ibn Baz refuse d'établir l'entrée du mois par les tables des astronomes, tout en admettant les observatoires et les lunettes pour aider à voir le croissant. Cheikh Ibn Uthaymin admet lui aussi le télescope et l'observatoire, mais refuse de se fier aux satellites artificiels pour la vision du croissant.

Les deux savants partent du même hadith, où le Prophète (sws) lie la durée du mois à ce que l'on voit, et non à ce que l'on compte.

Nous sommes une communauté illettrée : nous n'écrivons pas et nous ne comptons pas. Le mois est ainsi et ainsi, c'est-à-dire tantôt vingt-neuf, tantôt trente.

Abdallah ibn Umar, rapporté par al-Bukhari n° 1913 et Muslim n° 1080
  • Ibn Baz sur les tables astronomiques : le Prophète n'a pas ordonné d'y recourir ni autorisé à établir les mois par ce moyen ; le savant précise qu'il ne vise pas l'aide des observatoires, mais le fait de s'y fier à la place de la vision (Majmu' Fatawa, tome 15, page 127).
  • Ibn Baz sur le consensus : celui des contemporains qui s'écarte de cette règle est précédé par le consensus de ceux qui l'ont devancé (Majmu' Fatawa, tome 15, page 109). Ibn Taymiyya rapportait déjà ce consensus dans son Majmu' al-Fatawa (tome 25, page 132).
  • Ibn Baz sur les instruments : les textes n'imposent pas de chercher le croissant avec des appareils, la vision à l'œil nu suffit (tome 15, page 69).
  • Ibn Uthaymin sur les instruments : il n'y a pas de mal à atteindre la vision du croissant au moyen d'une lunette ou d'un observatoire, mais il n'est pas permis de se fier aux satellites artificiels (Majmu' Fatawa wa Rasa'il, tome 19, page 62).

Cheikh Ibn Uthaymin rappelle aussi qu'autrefois, les gens montaient déjà sur les minarets la nuit du trentième de Chaabane pour cette recherche (tome 19, page 36). Le point de friction avec le CFCM est donc précis : ces savants acceptent la technique pour voir, pas pour remplacer la vision. Le CFCM, lui, fonde sa décision de 2013 sur des critères de visibilité prévus par l'astronomie. À propos du choix d'une instance française, la décision relève du libre choix de chaque lecteur, en lien avec son imam.

Questions fréquentes

Quand a eu lieu la nuit du doute 2026 ?

La nuit du doute 2026 du début du Ramadan s'est tenue le mardi 17 février 2026 à 18 heures à la Grande Mosquée de Paris, au 29 Chaabane 1447. Celle de la fin du mois s'est réunie le mercredi 18 mars 2026 selon la presse, et la fête de l'Aïd el-Fitr s'est tenue le vendredi 20 mars.

Quelle est l'importance de la nuit du doute ?

L'importance de la nuit du doute tient à ce qu'elle décide pour toute l'année religieuse : l'ouverture du mois sacré, la première prière de tarawih, puis, un mois plus tard, la fête et la date limite de la zakat al-Fitr. La GMP la présente comme une tradition maintenue pour l'unité des musulmans.

Quels sont les rites de la nuit du doute ?

Le geste rapporté par les textes pour la nuit du doute est la recherche du croissant. Ibn Umar (ra) rapporte que les gens cherchaient le croissant, qu'il informa le Prophète (sws) l'avoir vu, et que celui-ci jeûna et ordonna d'en faire autant (Abou Dawoud n° 2342, authentifié par Al-Albani). Une invocation se dit à sa vue.

Comment confirmer la date de l'Aïd el-Fitr ?

La date de l'Aïd el-Fitr se confirme au coucher du soleil du 29 Ramadan. La GMP indique sur sa page des fêtes que la date dépend de l'apparition de la nouvelle lune au soir du 29 Ramadan, tandis que le CFCM la publie par avance, comme le 10 mars 2026. En 2027, cette soirée est attendue le lundi 8 mars.

Avant le 6 février 2027

D'ici la prochaine nuit du doute, deux informations sont à guetter, à partir du précédent de 2026. La première est la date de convocation que publiera la GMP, en 2026 trois semaines avant l'échéance. La seconde est l'annonce du CFCM, qui calcule et publie habituellement avant le mois. Si les deux instances retiennent le lundi 8 février, le Ramadan 1448 commencera le même matin pour tous les musulmans de France ; sinon, l'écart de 2026 se reproduira. Une question reste ouverte pour chaque foyer : quelle instance suivre, et sur quel argument. Mieux vaut en parler avec son imam avant l'hiver que la veille.

Nuit du doute 2027 : Grande Mosquée de Paris, CFCM et Ramadan