Ramadan en France : combien de musulmans jeûnent, travail, école, mosquées
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À retenir :
- Selon l'enquête publique TeO2 de l'Ined et de l'Insee, 75 % des musulmans de France respectent strictement le jeûne et 15 % plus ou moins
- Les musulmans représentent 10 % des 18 à 59 ans de France métropolitaine, seule mesure statistique officielle disponible
- Aucun jour férié ni congé spécifique n'existe pour le Ramadan ou l'Aïd : un salarié pose un congé ou négocie un aménagement
- À l'école, une circulaire de 2004 prévoit des autorisations d'absence pour les grandes fêtes religieuses, mais aucune obligation de menu adapté à la cantine
Le Ramadan en France est suivi par une large majorité des musulmans, dont 75 % jeûnent strictement selon l'Insee et l'Ined, sans jour férié ni droit spécifique, au rythme des mosquées, des iftars et des annonces de date.
Chaque hiver, la même question revient dans les entreprises, les écoles et les familles : comment concilier un mois de jeûne avec un calendrier civil qui l'ignore totalement ? En 2026, la question s'est doublée d'une confusion publique, deux institutions ayant annoncé deux premiers jours différents pour le même mois de Ramadan (aussi écrit ramadhan ou ramadân). Cet article rassemble ce que l'on sait vraiment, chiffres officiels à l'appui : combien de musulmans jeûnent en France, qui annonce la date, ce que le droit du travail prévoit et ne prévoit pas, comment l'école gère absences, examens et cantine, et comment le mois s'organise dans les mosquées et les foyers. Chaque affirmation chiffrée renvoie à sa source, et les points où le droit est muet sont signalés comme tels plutôt que comblés par des usages présentés comme des règles.
Combien de musulmans font le ramadan en France ?
Le nombre de musulmans qui font le ramadan en France n'est mesuré qu'en proportion : selon l'enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2) de l'Ined et de l'Insee, 75 % des musulmans de 18 à 59 ans respectent strictement le jeûne et 15 % le respectent « plus ou moins ». Aucun chiffre officiel ne donne un nombre total de jeûneurs.
Le recensement français ne pose aucune question sur la religion, et les estimations du nombre total de musulmans qui circulent chaque année sont des extrapolations, pas des comptages. La source la plus solide reste l'étude de Lucas Drouhot, Patrick Simon et Vincent Tiberj publiée le 30 mars 2023 dans la collection Insee Références, qui exploite TeO2, une enquête menée en 2019 et 2020 auprès des 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire en France métropolitaine. Selon cette étude, les musulmans représentent 10 % de la population de cette tranche d'âge, ce qui fait de l'islam la deuxième religion du pays.
75 % des musulmans respectent le jeûne strictement et 15 % « plus ou moins », contre 3 % des catholiques pour les périodes de jeûne de leur propre tradition. Le jeûne est ainsi la pratique la plus suivie chez les musulmans de France, loin devant la fréquentation régulière de la mosquée (20 %). Source : Insee Références, Immigrés et descendants d'immigrés, édition 2023, enquête TeO2 (Ined et Insee, 2019 et 2020).
| Indicateur (TeO2, 18 à 59 ans) | Musulmans | Catholiques |
|---|---|---|
| Jeûne respecté strictement | 75 % | 3 % |
| Ne prient jamais | 21 % | 44 % |
| Fréquentation régulière du lieu de culte | 20 % | 8 % |
| Religion jugée importante | 76 % | 27 % |
Ces données forment la seule photographie publique de l'islam en France. La religion musulmane s'y transmet d'abord en famille : selon la même étude, 91 % des personnes élevées dans une famille musulmane suivent la religion de leurs parents. Le jeûne garde dans ce cadre une importance spirituelle et une fonction de transmission que la seule fréquentation des lieux de culte ne mesure pas.
Un écart ressort de ces chiffres : le jeûne est bien plus suivi que la mosquée. Selon la même enquête, 30 % des hommes musulmans et 10 % des femmes musulmanes fréquentent régulièrement la mosquée, alors que les trois quarts jeûnent strictement. Le mois de Ramadan est donc, pour beaucoup de familles, la pratique collective la plus visible de l'année, celle qui se vit à la maison, au travail et à l'école plus qu'au lieu de culte. C'est aussi le mois où la générosité s'organise, ce que détaille notre page sur l'aumône pendant le mois de jeûne.
Qui annonce le début du ramadan en France ?
Le début du ramadan en France est annoncé par la Grande Mosquée de Paris et par le Conseil français du culte musulman (CFCM), chacun par communiqué, généralement le soir de la nuit du doute. Pour 2027, le premier jour est attendu le lundi 8 février, sous réserve de l'observation du croissant de lune.
Aucune autorité publique ne fixe de date officielle : la loi de 1905 garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, et la République ne reconnaît aucun culte. Aucune instance de l'islam de France ne s'impose non plus à toutes les mosquées. Chaque fidèle suit donc l'annonce de sa mosquée, qui se réfère le plus souvent à l'une des deux institutions. Certaines familles suivent aussi l'annonce de leur pays d'origine, ou le calendrier Umm al-Qura d'Arabie saoudite, sur lequel reposent les dates de référence de 1448. Le calendrier détaillé de 1448, avec la nuit du doute et les dix dernières nuits, figure dans notre article sur les dates du mois de jeûne en 2027.
Pourquoi y a-t-il des confusions sur les dates ?
Les confusions sur les dates du ramadan viennent de deux annonces qui ne coïncident pas toujours. Lors du ramadan 2026 en France, la Grande Mosquée de Paris a fixé le début du jeûne au mercredi 18 février, tandis que le CFCM a retenu le jeudi 19 février, soit deux premiers jours de Ramadan pour la même année.
Ce type d'écart peut venir de la méthode retenue pour fixer le début du mois lunaire après la nouvelle lune, observation de la lune à l'œil nu ou calcul scientifique de sa visibilité, ou de la question de savoir si l'observation faite dans un pays vaut pour un autre. Les savants en discutent depuis les premiers siècles à partir du récit de Kurayb, rapporté par Muslim n° 1087 : Ibn Abbas (ra), à Médine, n'avait pas suivi l'observation du croissant faite en Syrie. La différence des horizons (ikhtilaf al-matali') est une question ancienne et reconnue, sur laquelle les savants n'ont pas tranché d'une seule voix.
Un autre texte est souvent rappelé dans ces débats : selon Abou Hourayra, le jeûne est le jour où vous jeûnez, et la rupture le jour où vous rompez le jeûne (at-Tirmidhi n° 697, authentifié par Al-Albani dans as-Silsila as-Sahiha n° 224). At-Tirmidhi rapporte que certains savants l'expliquent ainsi : le jeûne et la rupture se font avec la communauté et le plus grand nombre des gens. C'est l'argument avancé pour suivre l'annonce retenue par la mosquée de son quartier plutôt que de trancher seul.
Comment se déroule le ramadan en France ?
Le ramadan en France se déroule au rythme du soleil : repas avant l'aube (suhoor), jeûne pendant la journée de travail ou d'école, rupture du jeûne (iftar) au coucher du soleil à l'heure du maghrib, puis prière de tarawih à la mosquée ou à la maison. Le tout s'organise sans aménagement collectif du calendrier civil.
Une journée type du mois du ramadan suit un rituel simple, que les familles adaptent à leur vie quotidienne :
- Lever avant l'aube pour le suhoor, puis prière du fajr
- Journée de travail ou d'école sans manger ni boire
- Rupture du jeûne au maghrib, souvent avec des dattes et de l'eau, puis repas familial
- Prière de l'icha suivie des tarawih, à la mosquée ou chez soi
Les horaires changent d'une ville à l'autre : l'heure de l'iftar n'est pas la même à Strasbourg et à Brest, puisque le coucher du soleil se décale d'est en ouest. Chaque mosquée publie son calendrier avec les heures de l'imsak, du fajr et du maghrib pour sa commune. En 2027, le mois tombe en février et au début de mars, en plein hiver : les journées de jeûne sont donc nettement plus courtes que lors des Ramadans d'été des années 2010, et l'iftar intervient en début de soirée, souvent avant la fin de la journée de travail de ceux qui finissent tard.
Le soir, beaucoup de mosquées accueillent la prière surérogatoire des nuits de Ramadan, dont le nombre d'unités et le déroulé sont détaillés dans notre guide de la prière des nuits de Ramadan. Le mois mêle traditions islamiques et pratiques culturelles venues des pays d'origine des familles, du Maghreb, d'Afrique de l'Ouest, de Turquie ou d'ailleurs. Il se vit également dans l'espace public et dans la société française : rayons spécialisés dans les supermarchés, boulangeries orientales ouvertes tard, marchés de quartier qui s'animent en fin d'après-midi, et repas partagés entre voisins, collègues ou amis non musulmans invités à l'iftar.
L'iftar désigne le repas de rupture du jeûne, pris au coucher du soleil. Le suhoor (ou sahur) désigne le repas pris avant l'aube. Entre les deux, le jeûneur s'abstient de manger, de boire et de relations intimes.
Ramadan et travail : quels droits pour les salariés ?
Pendant le ramadan, un salarié en France n'a aucun droit spécifique dans sa vie professionnelle : ni jour férié, ni congé religieux prévu par le Code du travail, ni réduction d'horaire. Il peut demander un congé payé ou un aménagement, que l'employeur accorde ou refuse selon les besoins du service, sans pouvoir le sanctionner pour sa religion.
La liste des fêtes légales est fixée par les articles L3133-1 à L3133-3 du Code du travail. Les onze jours fériés du secteur privé comprennent plusieurs fêtes d'origine chrétienne (lundi de Pâques, Ascension, lundi de Pentecôte, Assomption, Toussaint, Noël), auxquels s'ajoutent en Alsace-Moselle le Vendredi saint et le 26 décembre. Aucune fête musulmane n'y figure, ni le début du Ramadan, ni l'Aïd el-Fitr, ni l'Aïd al-Adha.
- Le congé payé reste la solution la plus sûre pour le jour de l'Aïd : l'employeur fixe l'ordre des départs et doit informer le salarié au moins un mois à l'avance
- Un aménagement d'horaires (arrivée plus tôt, pause déjeuner réduite pour partir plus tôt) se négocie lors d'un entretien avec le manager, sans obligation pour l'employeur
- La religion figure parmi les critères de discrimination interdits par le Code pénal (articles 225-1 et suivants) : un refus ne peut pas être motivé par la foi du salarié
- Les postes de sécurité (conduite, travail en hauteur, machines) relèvent de l'obligation de sécurité de l'employeur, qui reste responsable de la santé du salarié
Selon la page officielle consacrée aux congés payés, les dates sont fixées par accord collectif ou, à défaut, par l'employeur après avis du comité social et économique, et le salarié doit les connaître au moins un mois avant son départ. Pour l'Aïd el-Fitr, attendu le mardi 9 mars 2027 sous réserve de l'observation du croissant, la demande gagne donc à être posée dès janvier, avec la possibilité d'un jour de décalage. Les jours de fête et leurs dates possibles sont présentés dans notre article sur la fête de fin du jeûne en 2027.
Le jeûne lui-même ne donne lieu à aucune règle particulière. Un salarié n'a pas à déclarer qu'il jeûne, et un employeur n'a pas à l'organiser. Dans la pratique, les arrangements les plus courants restent informels : réunions déplacées le matin, repas d'équipe repoussés après le mois, ou pause prise au moment du maghrib pour ceux qui travaillent le soir.
Ramadan à l'école : absences, examens et cantine
Le ramadan à l'école ne fait l'objet d'aucune règle spécifique : l'élève qui jeûne suit les cours normalement. Pour le jour de l'Aïd, la circulaire n° 2004-084 du 18 mai 2004 prévoit que des autorisations d'absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses.
Le texte, pris en application de la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux, est explicite : selon la circulaire publiée au Bulletin officiel du 27 mai 2004, des autorisations d'absence doivent pouvoir être accordées pour les grandes fêtes religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé, dont les dates sont rappelées chaque année par une instruction au Bulletin officiel. La même circulaire demande qu'aucun examen ni aucune épreuve importante ne soient organisés le jour de ces fêtes. Les demandes d'absence systématique ou prolongée doivent en revanche être refusées, et les convictions religieuses ne peuvent pas être opposées aux modalités d'un examen.
| Situation scolaire | Ce que prévoient les textes | Référence |
|---|---|---|
| Jour de l'Aïd | Absence autorisable sur demande des parents | Circulaire n° 2004-084 |
| Examen le jour de la fête | À éviter par l'administration | Circulaire n° 2004-084 |
| Absence systématique ou prolongée | Refusée | Circulaire n° 2004-084 |
| Menu de substitution | Aucune obligation, possibilité laissée à la commune | Conseil d'État, n° 426483 |
Pour la cantine, la règle a été fixée par le Conseil d'État le 11 décembre 2020 (Commune de Chalon-sur-Saône, n° 426483) : il n'existe aucune obligation pour les collectivités de proposer des repas différenciés, mais les principes de laïcité et de neutralité ne les empêchent pas d'en proposer. Pour un enfant qui jeûne, la question se règle donc entre la famille et l'école, selon le règlement de la restauration scolaire de la commune.
Sur le plan religieux, les juristes des quatre écoles ne rendent le jeûne obligatoire qu'à partir de la puberté. Un enfant de primaire qui jeûne le fait par apprentissage, souvent une demi-journée ou quelques jours, et les parents restent libres d'en fixer le rythme. Pour les collégiens et lycéens pubères, la question se pose surtout en période d'examens, quand le Ramadan tombe en mai ou en juin, ce qui ne sera pas le cas avant plusieurs années puisque le mois recule d'environ onze jours chaque année.
Quels sont les événements liés au ramadan ?
Les événements liés au ramadan en France sont les iftars collectifs organisés par les mosquées et les associations, les tables de solidarité pour les personnes isolées, les nuits de prière des dix derniers jours, la collecte de la zakat al-Fitr et, pour finir, la prière et la fête de l'Aïd el-Fitr.
Les tables du ramadan, repas de rupture servis gratuitement aux étudiants, aux travailleurs isolés et aux familles en difficulté, sont l'événement le plus visible dans les grandes villes. La Grande Mosquée de Paris mettait ainsi en avant ses « repas solidaires » lors du Ramadan 2024. Ces initiatives communautaires reposent sur des bénévoles, sur l'aide de commerçants du quartier et sur les dons de fidèles, avec un texte que les donateurs connaissent bien.
Celui qui donne à un jeûneur de quoi rompre son jeûne obtient une récompense égale à la sienne, sans que la récompense du jeûneur en soit diminuée en rien.
Zayd ibn Khalid al-Juhani, rapporté par at-Tirmidhi n° 807, authentifié par Al-Albani dans Sahih at-TirmidhiLa seconde moitié du mois concentre les temps forts. Les mosquées prolongent les veillées pendant les dix dernières nuits, à la recherche de la nuit du Destin et de ses invocations, attendue vers le 6 mars 2027. Viennent ensuite l'aumône obligatoire de fin de mois, dont le montant par personne et la date limite sont annoncés par les institutions au cours du Ramadan (en 2026, 7 euros pour la Grande Mosquée de Paris et 9 euros pour le CFCM), puis la prière de l'Aïd au matin de la fête.
La générosité ne passe pas seulement par la mosquée du quartier. Une partie des familles fait aussi sacrifier une bête à l'étranger pour nourrir des personnes dans le besoin : les sacrifices réalisés par Qurban à Madagascar depuis 2021 représentent l'équivalent de plus de 90 000 repas distribués. Ce type de don ne remplace ni la zakat al-Fitr ni le repas offert au voisin, il s'y ajoute.
Questions fréquentes
Quelle est la date de fin du ramadan ?
La fin de ramadan 1448 est attendue au soir du lundi 8 mars 2027. Le jour de fête, appelé Aïd el-Fitr, est prévu le mardi 9 mars 2027, sous réserve de l'observation du croissant de Chawwal. La date définitive est confirmée la veille au soir par la Grande Mosquée de Paris et le CFCM, avec un jour de décalage possible.
Quels sont les horaires du ramadan ?
Les horaires du ramadan dépendent de la commune : le jeûne commence à l'aube, à l'heure du fajr, et se rompt au coucher du soleil, à l'heure du maghrib. Ces heures avancent ou reculent de quelques minutes chaque jour. Le calendrier publié par la mosquée de sa ville reste la référence la plus fiable.
Qu'est-ce que Laylat al-Qadr ?
Laylat al-Qadr, la nuit du Destin, est la nuit au cours de laquelle le Coran a commencé à être révélé, décrite dans la sourate al-Qadr comme meilleure que mille mois. Consacrée à la prière et à l'invocation de Dieu, elle se cherche dans les dix dernières nuits ; la 27e tombe vers le 6 mars 2027, sous réserve du croissant.
Un mois à préparer dès janvier
Le Ramadan de 1448 tombera en plein hiver, dans un pays où le calendrier du travail et de l'école ne bouge pas d'un jour pour lui. Ce qui se prépare dans les semaines qui précèdent pèse donc plus que ce qui s'improvise : la demande de congé pour l'Aïd, la conversation avec le manager sur les horaires, le mot aux enseignants pour l'absence du jour de fête, l'organisation des repas du soir quand tout le monde rentre tard. Reste une question que chaque foyer tranche à sa manière : quelle part du mois consacrer à ceux qui, autour de soi ou plus loin, n'auront pas de quoi rompre le jeûne ?


