Waqf : définition, règles, exemples et différence avec la sadaqa jariya

Kone

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Souleymane

19 min de lecture
Bannière vert clair avec le titre Le waqf en islam et un arbre stylisé à trois feuilles planté sur une ligne de sol, avec une étoile à huit branches

À retenir :

  • Le waqf immobilise un bien pour toujours et n'en distribue que les revenus, selon la consigne prophétique de retenir le fonds et de consacrer les fruits
  • Le modèle fondateur est la terre de Khaybar confiée par Umar, rapportée par al-Bukhari n° 2772 et Muslim n° 1632
  • En France, un fonds de dotation se crée avec au moins 15 000 euros, une fondation reconnue d'utilité publique avec 1,5 million d'euros
  • Tout waqf est une sadaqa jariya, mais toute sadaqa jariya n'est pas un waqf : le savoir transmis n'immobilise aucun bien

Le waqf est une aumône perpétuelle du droit musulman : le donateur immobilise un bien, qui ne peut plus être vendu, donné ni hérité, et en consacre les revenus à une œuvre charitable ou à des bénéficiaires qu'il désigne.

Une mosquée, un puits, une terre agricole, un immeuble dont le loyer va aux orphelins : ces biens partagent souvent un statut que peu de donateurs savent nommer. Le waqf (aussi écrit wakf, pluriel awqaf, appelé habous ou hubus au Maghreb) est l'institution qui permet à un bien de rester utile après la mort de celui qui l'a donné. Le mot est souvent confondu avec la sadaqa jariya, alors que les deux notions ne se recouvrent pas exactement, et presque aucune page en français n'explique ce que le droit français permet de faire d'un tel projet. Cet article donne la définition du waqf en droit musulman, le hadith de Khaybar qui le fonde, ses conditions et ses types, des exemples concrets, sa relation avec la zakat, puis les structures juridiques françaises qui s'en rapprochent, avec l'avis des savants à l'appui.

Qu'est-ce que le waqf ?

Le waqf est, en droit musulman, l'immobilisation d'un bien dont la substance est conservée et dont l'usufruit est affecté à une œuvre pieuse ou à des bénéficiaires désignés. Le mot arabe signifie arrêter ou retenir : le bien sort du commerce pour toujours, seuls ses fruits circulent.

Habs al-asl wa tasbil ath-thamara : retenir le fonds et faire couler le fruit. La formule reprend la consigne du Prophète à Umar, rapportée par an-Nasa'i n° 3603 et Ibn Majah n° 2397, authentifiée par Al-Albani dans Irwa' al-Ghalil n° 1583. Les juristes hanbalites en tirent une définition technique du droit islamique : l'immobilisation pour Allah d'un bien dont on peut tirer profit tout en conservant sa substance (Ibn Muflih, al-Mubdi').

Cette définition a une conséquence pratique que les pages de collecte passent sous silence : un don qui se consomme, comme un repas, une somme versée une fois ou la viande d'un sacrifice, n'est pas un waqf. Le waqf suppose un bien qui dure et une affectation de ses revenus. Il reste donc une forme particulière parmi les différentes formes d'aumône volontaire en islam, à côté du don ponctuel.

Le vocabulaire du waqf tient en quelques mots arabes, utiles pour lire une fatwa ou un acte de constitution :

Terme arabeSensRôle dans le waqf
WaqifLe constituant, fondateur du waqfPropriétaire qui immobilise le bien
MawqufLe bien immobiliséTerre, immeuble, livre, puits
Mawquf 'alayhLe bénéficiairePauvres, mosquée, famille, école
NazirL'administrateurGère le bien et répartit les revenus
AwqafPluriel de waqfDésigne aussi l'administration des waqfs

Quelle est l'origine du waqf ?

L'origine du waqf est un hadith authentique : Umar ibn al-Khattab reçut une terre à Khaybar, demanda conseil au Messager d'Allah, et en fit une aumône dont le fonds ne se vend, ne se donne ni ne s'hérite. Ce récit sert de modèle juridique à toutes les écoles.

Ibn Umar rapporte que son père, Umar (ra), considérait cette terre comme le bien le plus précieux qu'il ait jamais possédé. Le Prophète (sws) ne lui a pas demandé de la vendre pour en distribuer le prix, mais de la garder et d'en donner les récoltes.

Si tu le veux, immobilise son fonds et fais-en une aumône. Umar en fit alors une aumône : elle ne se vend pas, ne se donne pas et ne s'hérite pas. Il la consacra aux pauvres, aux proches, à l'affranchissement des esclaves, à la cause d'Allah, au voyageur et à l'hôte. Celui qui l'administre peut en manger convenablement ou en nourrir un ami, sans en tirer de fortune.

Ibn Umar, rapporté par al-Bukhari n° 2772 et n° 2737, et Muslim n° 1632 (extrait, traduction du sens)

Chaque clause du hadith est devenue une règle. Les trois interdictions (vente, donation, héritage) fondent le caractère inaliénable du bien waqf. La liste des bénéficiaires montre que le waqf peut viser plusieurs catégories à la fois. La dernière phrase autorise le gestionnaire à se rémunérer de façon raisonnable, sans transformer le bien en source d'enrichissement personnel. La tradition islamique a ensuite multiplié ce modèle pendant des siècles, pour financer mosquées, écoles, hôpitaux et points d'eau.

Quel est le statut du waqf en islam ?

Le statut du waqf en islam est celui d'un acte recommandé (mustahabb) selon les écoles malikite, chaféite et hanbalite. Plusieurs savants rapportent un consensus sur son principe, et le Coran l'appuie par ses versets généraux sur le bien, sans verset consacré nommément à cette institution.

Les juristes citent notamment « Faites le bien, peut-être réussirez-vous » (sourate al-Hajj, verset 77) et « Quelque bien qu'ils fassent, il ne leur sera pas dénié » (sourate Al Imran, verset 115). Sur le consensus, voici ce que rapportent les références classiques :

  • Al-Juwayni écrit dans Nihayat al-Matlab que les musulmans sont unanimes sur le principe du waqf.
  • Ibn Qudama, dans al-Mughni, s'appuie sur les waqfs constitués par les compagnons pour parler d'accord général.
  • An-Nawawi, dans son commentaire de Muslim, indique que toute la communauté l'a admis, à l'exception d'Abou Hanifa et de certains Koufiens.

Le waqf relève donc des actes pieux surérogatoires : personne n'est tenu d'en constituer un. Sa valeur tient à sa durée, puisque le bien continue de produire après la mort de son fondateur. Cette nuance distingue le waqf de la zakat, obligation annuelle traitée plus bas.

Quelles sont les conditions du waqf ?

Les conditions du waqf portent sur ses quatre éléments : le constituant, le bien, le bénéficiaire et la formule. Les juristes des quatre écoles analysent tout acte de constitution du waqf à travers ces piliers, et un défaut sur l'un d'eux rend le waqf invalide.

  1. Le constituant doit être propriétaire du bien et capable de donner à titre gratuit. Le droit sénégalais du waqf, inspiré du fiqh, reprend cette exigence et ajoute l'accord des créanciers si le bien est grevé de dettes.
  2. Le bien doit pouvoir produire une utilité tout en restant entier, puisque le waqf est en principe constitué à perpétuité : terre, immeuble, puits, livres, exemplaires du Coran. Le cas de l'argent est débattu (voir les types ci-dessous).
  3. Le bénéficiaire doit être licite. Les hanafites exigent en plus une dimension de bienfaisance (birr), et la majorité des juristes refuse un waqf dont le bénéficiaire serait une personne déjà décédée, faute de pouvoir lui transférer l'usufruit.
  4. La formule exprime clairement l'intention : les termes waqf, habs (immobilisation) et tasbil (affectation) sont considérés comme explicites.

À ces piliers s'ajoute une question d'organisation : la désignation d'un administrateur, le nazir. Le hadith de Khaybar en pose déjà le principe, et Umar avait confié la gestion de sa terre à sa fille Hafsa après lui, puis aux hommes de jugement de sa famille, selon une version que cite Ibn Hajar dans at-Talkhis al-Habir. Un waqf sans gestionnaire désigné risque de s'éteindre avec son fondateur, ce qui contredit son objet même.

Quels sont les types de waqf ?

Les types de waqf se distinguent selon le bénéficiaire : le waqf khairi profite à une œuvre de bienfaisance, le waqf ahli (ou dhurri) à la famille et aux descendants du donateur. Les juristes ajoutent le waqf collectif, constitué par plusieurs donateurs, et discutent le waqf de liquidités.

Type de waqfBénéficiaireStatut
Waqf khairiPauvres, mosquées, écoles, savants, étudiantsAdmis par les quatre écoles
Waqf ahli ou dhurriEnfants et descendants du constituantAdmis, règles propres à chaque école
Waqf collectifŒuvre commune à plusieurs donateursAdmis, al-Bukhari y consacre un chapitre
Waqf de liquiditésPrêts aux nécessiteux, investissementDivergence entre les écoles

Le waqf khairi est la forme la plus connue : son caractère caritatif ou religieux le rend lisible pour tous. Le waqf ahli, lui, réserve les revenus à une famille, génération après génération, selon les règles de répartition fixées par le constituant. Le waqf de liquidités divise les juristes : la position officielle de l'école hanbalite le refuse, rapporte Ibn Uthaymin, parce que l'argent se consomme, les malikites l'admettent sous forme de prêt, et Ibn Taymiyya en défend la validité dans al-Fatawa al-Kubra.

Cheikh Ibn Uthaymin tranche dans le même sens dans al-Sharh al-Mumti' (tome 11, page 18) : selon lui, l'avis juste est la validité du waqf de dirhams destinés à être prêtés aux nécessiteux. L'Académie internationale du fiqh islamique a adopté la même position dans sa résolution n° 140, qui juge le waqf des liquidités permis et ouvre la voie aux fonds et aux certificats de waqf.

Peut-on faire un waqf à plusieurs ?

Un waqf à plusieurs est admis : le waqf collectif réunit plusieurs personnes ou organisations autour d'un même bien, par exemple pour bâtir une mosquée ou une école. Al-Bukhari intitule l'un de ses chapitres « Lorsque plusieurs personnes constituent en waqf une terre indivise, c'est valable ».

Le chapitre s'appuie sur le récit d'Anas ibn Malik : lors de la construction de la mosquée de Médine, les Banu an-Najjar refusèrent d'être payés pour leur terrain et dirent qu'ils n'en demandaient le prix qu'à Allah (al-Bukhari n° 2771, Muslim n° 524). Le terrain appartenait à plusieurs propriétaires, et c'est ensemble qu'ils l'ont cédé.

Le waqf collectif est devenu la forme dominante aujourd'hui. Un forum juridique sur les waqfs réuni au Koweït en 1428 de l'hégire le définit comme la participation de plusieurs personnes ou entités à la constitution d'un waqf de bienfaisance, et cite les mosquées, écoles, fonds et actions de waqf. Un don waqf participatif suit cette logique : chaque donateur apporte une part d'un bien commun. L'Académie internationale du fiqh islamique publie ainsi les statuts de son propre fonds waqf, avec un conseil de gestion et un dispositif de surveillance du fonds waqf. Pour le donateur, la vigilance porte sur un point : savoir quel bien précis existe, qui le gère, et ce qui en est réellement distribué.

Quels sont des exemples de waqf ?

Les exemples de waqf les plus courants sont une mosquée, un puits, une terre agricole, un immeuble loué, des livres ou un Coran mis à disposition. Dans chaque cas, le bien reste en place et seule son utilité est donnée, ce qui le distingue d'un don consommé en une fois.

  • Une mosquée : le terrain et le bâtiment sont immobilisés, la prière en est le fruit.
  • Un puits ou un forage : l'eau est distribuée, l'ouvrage reste.
  • Une terre agricole : sur le modèle de Khaybar, la récolte va aux bénéficiaires désignés.
  • Un immeuble : le loyer finance un orphelinat, une école ou l'entretien d'une mosquée.
  • Un arbre fruitier : le cas est traité en détail dans l'article sur le fait de planter un arbre comme aumône durable.
  • Un prêt sans intérêt : selon l'avis d'Ibn Uthaymin cité plus haut, une somme immobilisée et prêtée en boucle aux nécessiteux.

Le cas du Coran mérite une précision. Interrogé sur un exemplaire laissé par un défunt et lu par ses enfants, Cheikh Ibn Baz répond que le Coran profite au mort s'il en a fait un waqf (Majmu' al-Fatawa, tome 13, page 281). Un bien simplement hérité ne devient pas un waqf : il faut l'acte d'immobilisation. Pour qui veut agir après un décès sans constituer de waqf, il reste la possibilité de faire une aumône au nom d'un proche décédé.

À l'inverse, un mouton sacrifié et distribué n'est pas un waqf, puisque la viande est consommée. Les plus de 6 000 sacrifices réalisés par Qurban depuis 2021 relèvent de la sadaqa ou du rite, pas de l'immobilisation d'un bien.

Quelle est la différence entre waqf et sadaqa jariya ?

La différence entre waqf et sadaqa jariya tient à leur portée : la sadaqa jariya désigne toute aumône dont la récompense continue après la mort, le waqf est la forme juridique précise qui immobilise un bien. Le waqf est la sadaqa jariya par excellence, sans en épuiser la liste.

Lorsque l'homme meurt, ses œuvres s'interrompent, sauf trois : une aumône continue, une science dont on tire profit, ou un enfant vertueux qui invoque pour lui.

Abou Hourayra, rapporté par Muslim n° 1631, authentifié par Al-Albani dans Sahih Abi Dawoud n° 2880

Cheikh Ibn Baz emploie d'ailleurs les trois mots ensemble, sadaqa jariya, waqf et tasbil, pour désigner un bien durable dont les revenus vont aux proches, aux mosquées ou aux pauvres (Nour 'ala ad-Darb). Le savoir transmis, lui, est une œuvre continue sans être un waqf, puisqu'aucun bien n'est immobilisé. Les autres formes sont détaillées dans l'article sur les exemples d'aumône continue et leurs hadiths.

CritèreWaqfSadaqa jariya
NatureActe juridique précisCatégorie de récompense
ObjetUn bien durable immobiliséBien, savoir ou action utile
Vente du bienInterditeSans objet pour un savoir
GestionUn administrateur, le nazirAucune exigence formelle
ExempleTerre de KhaybarLivre utile, enseignement

Quelle est la relation entre zakat et waqf ?

La relation entre zakat et waqf est une relation de complément : la zakat est une obligation annuelle à taux fixe, réservée à huit catégories de bénéficiaires, alors que le waqf est un don volontaire et perpétuel. Verser un waqf ne dispense pas de la zakat due sur ses biens.

  • Obligation : la zakat al-maal est un pilier de l'islam dès que le patrimoine atteint le seuil de richesse appelé nissab ; le waqf reste surérogatoire.
  • Bénéficiaires : la zakat va aux huit catégories fixées par la sourate at-Tawba ; le waqf peut viser toute œuvre licite, y compris une mosquée ou une famille.
  • Durée : la zakat est distribuée et consommée ; le waqf conserve son capital.
  • Revenus du waqf : quand le waqf profite à une entité générale (pauvres, mosquées), ses revenus ne sont pas soumis à la zakat selon les chaféites et les hanbalites (Tuhfat al-Muhtaj, Kashshaf al-Qina').

Dans l'économie islamique classique, les deux institutions se répondaient : la zakat couvrait les besoins immédiats, le waqf assurait le financement durable des services collectifs. Le waqf ne remplace donc pas la zakat, il en prolonge l'effet dans le temps.

Comment créer un waqf en France ?

Créer un waqf en France passe par une structure du droit français, car le waqf n'y existe pas comme catégorie juridique. Le fonds de dotation et la fondation reconnue d'utilité publique sont les deux formes qui reprennent le principe d'un bien affecté durablement à l'intérêt général.

Selon service-public, un fonds de dotation se crée par déclaration en préfecture avec une dotation initiale d'au moins 15 000 euros, apportée sans contrepartie et de manière définitive (loi n° 2008-776 du 4 août 2008, article 140). Une fondation reconnue d'utilité publique exige une dotation initiale d'au moins 1,5 million d'euros et une cession irrévocable de biens, avec une création par décret en Conseil d'État.

CritèreFonds de dotationFondation reconnue d'utilité publique
TexteLoi du 4 août 2008, article 140Loi du 23 juillet 1987
Dotation minimale15 000 euros1,5 million d'euros
CréationDéclaration en préfectureDécret en Conseil d'État
DémarcheRécépissé dans le mois si le dossier est completAccompagnement du ministère de l'Intérieur conseillé

Le fonds de dotation est la structure la plus accessible pour un particulier ou une communauté : il peut être créé par une ou plusieurs personnes, physiques ou morales, et vit des revenus de sa dotation. Sa déclaration est publiée gratuitement au Journal officiel, et il ne peut pas recevoir de subventions publiques. La correspondance avec le waqf reste approximative : les règles du fiqh (un bien jamais vendu, donné ni hérité, des bénéficiaires désignés, un administrateur) ne figurent pas dans la loi et doivent être écrites dans les statuts. Un juriste et un savant de confiance gagnent à les relire.

À titre de comparaison, le Sénégal a doté le waqf d'un cadre propre, géré par une Haute Autorité du Waqf. L'offre du constituant y est écrite, l'acte passe devant notaire, et un waqf consenti pendant la dernière maladie vaut testament, limité au tiers des biens sauf accord des héritiers. Le parallèle avec le fiqh est direct : un waqf qui ne prend effet qu'au décès y est traité comme un legs.

Comment fonctionne le waqf en Arabie Saoudite ?

Le waqf en Arabie Saoudite fonctionne sous le contrôle d'une administration publique, l'Autorité générale des awqaf (al-Hay'a al-'Amma lil-Awqaf). Son rôle est d'organiser, de préserver et de développer les waqfs, dans le respect des conditions fixées par leurs fondateurs.

Le portail officiel de l'Autorité précise qu'elle agit selon les finalités de la charia et les règlements du royaume, et qu'elle cherche à renforcer le rôle des waqfs dans le développement économique et social et dans la solidarité. Ce modèle d'administration centralisée existe dans de nombreux pays musulmans, souvent sous la forme d'un ministère des awqaf. À l'échelle internationale, la Banque islamique de développement consacre un programme à l'investissement dans les biens awqaf, et l'Académie internationale du fiqh islamique gère son propre fonds waqf. Le waqf y devient une institution financière à part entière, avec comptes, conseil d'administration et contrôle.

Quel est le rôle du waqf ?

Le rôle du waqf est de financer durablement des besoins collectifs sans dépendre de dons renouvelés chaque année. Une terre, un immeuble ou un fonds produit chaque année des revenus, et ces revenus soutiennent la même œuvre pendant des générations. Cette pérennité est la raison d'être de l'institution.

Dans l'histoire musulmane, ce mécanisme a financé des services aujourd'hui souvent assurés par l'État : écoles et bibliothèques, hôpitaux, fontaines publiques, entretien des mosquées, aide aux orphelins et aux voyageurs. Le waqf combine ainsi trois fonctions :

  • Religieuse : une récompense qui continue après la mort, selon le hadith de Muslim n° 1631.
  • Sociale : un soutien régulier à une communauté, à l'éducation ou à une catégorie de personnes.
  • Économique : un capital préservé et investi, qui finance un développement durable plutôt qu'une aide ponctuelle.

Cette importance explique le regain actuel des fonds waqf. Le principe reste celui de Khaybar : la contribution du donateur se mesure à la durée de l'utilité, pas au montant versé une fois.

Questions fréquentes

Quels sont les avantages du waqf ?

Les avantages du waqf tiennent à sa durée : le capital est préservé, les revenus financent la même œuvre chaque année, et la récompense continue après la mort du donateur selon le hadith de Muslim n° 1631. Pour une communauté, le waqf assure un financement stable qui ne dépend plus d'appels aux dons répétés.

Peut-on revenir sur un waqf ?

Revenir sur un waqf n'est pas permis une fois qu'il est constitué sans condition, selon les quatre écoles : le bien ne peut plus être vendu, donné ni hérité. La Lajna Da'ima distingue le waqf suspendu à la mort, qui suit le régime du legs : son auteur peut le modifier avant de mourir.

Que devient un waqf qui ne sert plus ?

Un waqf qui ne sert plus peut être vendu, et son prix affecté à un bien équivalent, selon Cheikh Ibn Baz. Interrogé sur une mosquée et un puits d'un village déserté, il autorise leur vente pour reconstruire là où vivent les habitants, car le but du waqf est l'utilité (fatwa n° 2410).

Peut-on écrire « waqf » sur un Coran ?

Écrire « waqf » sur un Coran est permis selon la Lajna Da'ima, qui y voit un moyen d'avertir les gens pour qu'ils n'en disposent pas contrairement à son statut (Fatawa al-Lajna, tome 16, page 18). Ibn Baz considère même cette inscription comme une preuve suffisante du waqf (Nour 'ala ad-Darb).

Ce qu'il reste à décider avant de constituer un waqf

Constituer un waqf engage pour toujours, et c'est précisément ce qui fait sa valeur. Avant de se lancer, trois questions méritent une réponse écrite : quel bien précis sera immobilisé, qui en assurera la gestion après soi, et à qui iront les revenus si le bénéficiaire initial disparaît. En France, la réponse juridique passe par des statuts rédigés avec soin, et la réponse religieuse par un savant de confiance qui relira les clauses. Un projet modeste mais bien administré produit davantage qu'un grand projet sans gestionnaire. Reste à choisir l'œuvre qui comptera le plus pour vous et pour ceux qui viendront après : un puits, une école, un fonds de prêts sans intérêt ?

Waqf : définition, exemples et différence avec la sadaqa jariya