À qui donner la zakat : les 8 bénéficiaires, les exclus et quand la verser

Kone

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Souleymane

20 min de lecture
Bannière vert clair avec le titre À qui donner la zakat, la mention les 8 bénéficiaires du Coran et quand la verser, et un anneau en huit secteurs

À retenir :

  • La zakat al-maal revient uniquement aux 8 groupes nommés par le verset 60 de la sourate At-Tawba.
  • Parents, grands-parents, enfants, petits-enfants et épouse en sont exclus, alors qu'un frère, une sœur ou un oncle pauvre peut la recevoir.
  • La zakat devient due après un cycle lunaire complet, soit environ 354 jours, et la majorité des savants permet de l'avancer.
  • Depuis le 14 octobre 2025, un don à une association d'aide aux personnes en difficulté ouvre droit en France à un taux de réduction d'impôt de 75 % jusqu'à 2 000 euros.

La zakat se donne aux huit catégories du verset 60 d'At-Tawba : pauvres, indigents, agents de collecte, cœurs à rallier, captifs à libérer, débiteurs insolvables, sentier d'Allah et voyageur démuni, jamais à ses parents ni à ses enfants.

Chaque fois que l'échéance revient, la même hésitation se pose au moment de payer la zakat : un oncle au chômage, une tante seule, la mosquée du quartier qui agrandit sa salle de prière, une association qui lance une collecte de fonds sur internet. Tous paraissent mériter l'aide, mais la zakat (aussi écrite zakât ou zakah) n'est pas une aumône libre : le Coran fixe à qui donner la zakat, et un versement hors de cette liste n'acquitte pas l'obligation. Cet article détaille, pour la zakat al-maal (ou zakat al mal), chacun des huit groupes d'ayants droit avec des exemples concrets, les personnes exclues, le cas des frères, sœurs, oncles, tantes et de la belle-famille, la mosquée, l'étudiant, le débiteur et le réfugié, puis le calendrier du versement et les garanties à exiger d'une association. Chaque position est attribuée à son savant, avec sa référence.

À qui donner la zakat al maal ?

La zakat al-maal se donne exclusivement aux huit groupes énumérés par le verset 60 de la sourate At-Tawba, la neuvième du Coran. Le mot arabe إنما qui l'ouvre a une valeur restrictive : selon les quatre écoles sunnites, aucun versement fait en dehors de ces huit ayants droit n'est valable comme zakat.

La restriction ne concerne que l'aumône obligatoire. Une famille qui veut aussi soutenir une mosquée, un projet éducatif ou une distribution de viande peut le faire librement par une sadaqa, sans contrainte de destinataire, et c'est le sens de la page consacrée au fait d'offrir une aumône volontaire. La zakat, elle, a une liste fermée, et c'est cette liste qu'il faut connaître avant de choisir à qui verser.

Les aumônes ne sont destinées qu'aux pauvres, aux indigents, à ceux qui sont chargés de les collecter, à ceux dont les cœurs sont à gagner, à l'affranchissement des esclaves, aux débiteurs, dans le sentier d'Allah et au voyageur. C'est une obligation venue d'Allah, et Allah est Omniscient et Sage.

Coran, sourate At-Tawba, verset 60

Ibn Qudama écrit dans al-Mughni qu'il ne connaît pas de divergence sur l'interdiction de verser la zakat hors de ces huit groupes, à l'exception d'un avis isolé rapporté d'Ata et d'al-Hasan sur les ponts et les routes. Al-Shirbini, pour le madhhab chafiite, parle d'un point qui fait l'accord des savants.

Quelles sont les 8 catégories de bénéficiaires de la zakat ?

Les 8 catégories de bénéficiaires de la zakat sont les pauvres (fuqara), les nécessiteux (masakin), les agents de collecte (amilina alayha), les cœurs à réconcilier (muallafati qulubuhum), l'affranchissement (riqab), les endettés (gharimin), le sentier d'Allah (fi sabilillah) et le voyageur démuni (ibn as-sabil).

GroupeQui en relèveExemple concret
FuqaraRien ou presque pour vivrePersonne sans revenu ni logement stable
MasakinRevenu insuffisant pour l'essentielMère isolée au RSA qui ne boucle pas le mois
Amilina alayhaAgents nommés par l'imam ou l'ÉtatCas quasi inexistant aujourd'hui
MuallafaConverti fragile ou notable influentNouveau musulman isolé de sa famille
RiqabEsclave, captif musulmanRançon d'un otage musulman
GhariminDette licite impossible à rembourserLoyers impayés après une perte d'emploi
Fi sabilillahCombattants du jihad légalSans application courante en France
Ibn as-sabilÉtranger coupé de ses ressourcesTouriste volé, sans moyen de rentrer

Les pauvres et les nécessiteux

Les pauvres et les nécessiteux forment les deux premiers groupes et, en pratique, les plus courants. Cheikh Ibn Uthaymin les définit dans son Majmou' al-Fatawa (tome 18, page 568) comme ceux qui n'ont pas assez d'argent ou de revenus pour eux et les personnes à leur charge. Un salaire qui couvre les besoins de base fait sortir de ces deux groupes, fût-il modeste. Ibn Baz précise dans son Majmou' al-Fatawa (tome 14, page 14) qu'on leur donne de quoi vivre douze mois.

En France, cela vise par exemple un retraité dont la pension ne paie pas le chauffage, un jeune étudiant sans aide familiale qui saute des repas, une famille vulnérable dont le reste à vivre ne couvre pas la nourriture. La pauvreté se mesure à l'écart entre ressources et besoins réels, pas à l'apparence, et la règle générale est d'aider les démunis du lieu où l'on vit avant de rechercher des destinataires lointains.

Les agents chargés de collecter la zakat

Les amilina alayha sont les agents que l'autorité musulmane nomme pour percevoir et distribuer la zakat. Ibn Baz les définit ainsi dans son Majmou' al-Fatawa (tome 14, page 14), et Ibn Uthaymin, dans Fatawa Nour ala ad-Darb, distingue cet agent officiel du simple mandataire choisi par le donateur. En France, où aucune autorité publique ne prélève la zakat, ce groupe n'a pratiquement pas d'application.

Les cœurs à réconcilier

Les muallafati qulubuhum désignent ceux dont on espère l'entrée dans l'islam, la consolidation de la foi ou l'arrêt d'une hostilité envers les musulmans. Ibn Qudama tient leurs droits pour toujours en vigueur. L'exemple le plus parlant en France reste le nouveau converti, rejeté par ses proches après sa conversion, qui perd son logement ou son soutien financier.

L'affranchissement et les captifs

Le lot de l'affranchissement servait à libérer les esclaves. Ibn Baz, dans son Majmou' al-Fatawa (tome 14, page 15), et Ibn Uthaymin (tome 18, page 580) y rattachent aussi le rachat des prisonniers musulmans, et l'Académie islamique du fiqh a admis en 2007 la libération d'otages musulmans par ce moyen.

Les endettés

Les gharimin sont les débiteurs incapables de rembourser une dette contractée pour un motif licite, ainsi que ceux qui ont pris une dette à leur charge pour réconcilier deux parties en conflit. En France, cela couvre une dette de loyer ou de factures après un accident de la vie, mais pas un crédit à la consommation pris pour un achat de confort qu'on peut rembourser.

Le sentier d'Allah

Le sentier d'Allah, fi sabilillah, désigne selon les quatre madhhabs le jihad armé mené dans un cadre légal. Ibn Uthaymin rappelle dans al-Sharh al-Mumti' (tome 6, page 241) que si l'expression couvrait toute œuvre de bienfaisance, la restriction posée par le Coran perdrait sa portée. Ce groupe n'ouvre donc pas la zakat à n'importe quel projet religieux.

Le voyageur démuni

Ibn as-sabil est l'étranger qui n'a plus de quoi rentrer chez lui, fût-il riche dans son pays. Ibn Qudama explique dans al-Mughni qu'il reçoit malgré ses biens restés au pays, parce qu'il ne peut ni les atteindre ni en tirer profit. Le cas type : une personne de passage à Paris, dépouillée de ses papiers et de sa carte bancaire, sans proche pour l'aider.

Qui est éligible pour recevoir la zakat ?

Une personne est éligible pour recevoir la zakat si elle appartient à l'un des huit groupes, si elle est musulmane, si elle n'est pas à la charge financière obligatoire du donateur et si elle ne fait pas partie de la famille du Prophète. La pauvreté réelle reste le critère le plus fréquent.

La condition de besoin exclut aussi l'homme valide qui pourrait travailler et ne le fait pas. Les chafiites et les hanbalites, suivis par Ibn Baz et Ibn Uthaymin, refusent la zakat à celui dont le travail suffit à ses besoins. Ibn Baz nuance dans Fatawa Nour ala ad-Darb : un homme capable mais sans emploi ni argent peut la recevoir s'il montre son besoin et qu'aucun signe ne laisse penser qu'il ment.

Si vous le voulez, je vous en donne, mais il n'y a rien là pour un riche, ni pour un homme fort capable de gagner sa vie.

Ubayd Allah ibn Adi ibn al-Khiyar, rapporté par Abou Dawoud n° 1633 et an-Nasa'i n° 2598, authentifié par Al-Albani dans Sahih Abi Dawoud n° 1633

Le Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, a prononcé ces mots devant deux hommes venus demander l'aumône, après les avoir regardés et jugés robustes. Il ne les a pas renvoyés sans réponse : il leur a laissé la responsabilité de juger leur propre situation.

À qui ne peut-on pas donner la zakat ?

La zakat ne peut pas être donnée à ses ascendants, à ses descendants, à son épouse, à un non-musulman, à une personne riche ni aux membres de la famille du Prophète. Pour chacune de ces exclusions, un consensus ou un avis majoritaire est rapporté par les savants.

Personne exclueRaisonRéférence
Père, mère, grands-parentsLeur entretien incombe déjà au donateurConsensus rapporté par Ibn al-Mundhir
Enfants, petits-enfantsRaison identique à celle des ascendantsAbou Ubayd, al-Amwal
ÉpouseSon entretien est dû par le mariConsensus rapporté par Ibn al-Mundhir
Non-musulmanSauf comme cœur à gagner à l'islamIbn Baz, Majmou' al-Fatawa 14/317
Personne richeExclue du lot réservé aux démunisIbn Qudama, al-Mughni
Famille du ProphèteBanou Hachim, par honneurSahih Muslim n° 1072

Pour le non-musulman, Ibn Baz retient l'avis de la majorité : la zakat ne lui est pas versée, parce qu'elle est une solidarité des musulmans envers leurs propres pauvres, et Ibn al-Mundhir rapporte l'accord des savants sur ce point. La seule exception passe par le groupe des muallafa. Pour la famille du Messager d'Allah, le hadith recueilli dans le Sahih de Muslim (n° 1072) précise que l'aumône obligatoire ne leur est pas licite et qu'elle n'est que la souillure des biens des gens. Ibn Uthaymin, à la suite d'Ibn Taymiyya, admet qu'ils la reçoivent s'ils sont privés du cinquième du butin qui leur revenait (al-Sharh al-Mumti', tome 6, page 254).

Peut-on donner la zakat aux proches ?

La zakat peut être donnée aux proches pauvres dont on n'assure pas l'entretien obligatoire : fratrie, oncles, tantes, cousins et belle-famille. Les quatre écoles l'admettent, et le don à un proche dans le besoin vaut alors doublement, comme aumône et comme maintien du lien familial.

Cheikh Ibn Baz l'énonce sans ambiguïté dans sa fatwa sur la zakat aux proches : le critère est le besoin, pas la qualité d'héritier, et les frères et sœurs, oncles et tantes paternels et maternels, ainsi que leurs enfants, reçoivent s'ils sont pauvres. Il rapporte aussi le consensus cité par Ibn al-Mundhir sur l'exclusion des ascendants et des descendants. Dans un hadith rapporté par Salman ibn Amir, le Messager d'Allah, que la paix et le salut soient sur lui, a dit : l'aumône faite au pauvre est une aumône, et faite à un membre de sa famille elle en vaut deux, une aumône et un lien familial maintenu (at-Tirmidhi n° 658, an-Nasa'i n° 2582, Ibn Majah n° 1844, authentifié par Al-Albani dans Sahih Ibn Majah).

  • Oncle, tante, cousin pauvres : permis, à condition de ne pas être tenu de les entretenir
  • Beaux-parents, beau-frère, belle-sœur : ni ascendants ni descendants, ils reçoivent s'ils sont dans le besoin
  • Femme qui donne à son mari pauvre : permis selon la Lajna Da'ima et Ibn Uthaymin
  • Père qu'on ne peut pas entretenir : Ibn Uthaymin l'admet, la majorité refuse

Le cas de l'épouse qui verse sa zakat à son mari s'appuie sur le hadith de Zaynab, femme d'Ibn Mas'oud, qui demanda si ses dépenses pour son mari et des orphelins comptaient pour elle (al-Boukhari n° 1466, Muslim n° 1000). Ibn Qudama objecte que ce hadith vise l'aumône volontaire. La divergence existe et chaque lecteur suit sa source. Ibn Baz ajoute dans son Majmou' al-Fatawa (tome 14, page 311) qu'on peut rembourser la dette d'un proche avec la zakat, sauf si cette dette vient d'une dépense d'entretien que le donateur devait lui-même. Les textes sur le don le plus méritoire selon la sunna placent d'ailleurs la famille proche en tête.

Peut-on donner la zakat à une mosquée ?

La zakat ne se donne pas à une mosquée pour sa construction, son loyer ou son entretien, selon la majorité des savants. Une mosquée n'est ni pauvre ni débitrice au sens du Coran, et le sentier d'Allah y est compris comme le jihad, pas comme toute œuvre de bien.

Interrogé sur un groupe qui bâtissait une mosquée, Ibn Baz répond dans sa fatwa sur la construction des mosquées que l'avis juste est de ne pas y dépenser la zakat, et que les mosquées et les écoles coraniques ne figurent pas parmi les huit groupes. La mosquée peut en revanche servir d'intermédiaire : si les membres de son comité collectent la zakat pour la remettre à des familles pauvres identifiées, elle agit comme mandataire, au même titre qu'une association, et la somme parvient bien aux ayants droit. Pour bâtir ou rénover, il reste la sadaqa, dont les destinataires possibles sont bien plus larges.

Peut-on donner la zakat à un étudiant, un endetté ou un réfugié ?

La zakat peut aller à un étudiant, à un débiteur ou à un réfugié dès lors que la personne relève d'un des huit groupes : pauvreté pour l'étudiant et le réfugié sans ressources, dette licite impossible à rembourser pour le débiteur. Le statut seul ne suffit jamais, c'est la situation qui compte.

L'étudiant

Ibn Uthaymin, dans son Majmou' al-Fatawa (tome 18, page 409), autorise la zakat à l'étudiant en sciences religieuses qui s'y consacre à plein temps, alors même qu'il pourrait travailler. Il ne l'étend pas à l'étudiant en sciences profanes qui choisirait de ne pas travailler alors qu'il le peut. L'étudiant en licence qui n'a ni bourse suffisante ni aide familiale reçoit, lui, au titre de la pauvreté.

Le débiteur

Le débiteur reçoit pour solder une dette licite qu'il ne peut pas rembourser. Deux pratiques posent problème. Effacer la créance d'un emprunteur pauvre et la compter comme zakat n'est pas valable selon les quatre écoles. Payer avec la zakat la dette d'un mort divise les savants : Ibn Uthaymin le refuse dans al-Sharh al-Mumti', la Lajna Da'ima l'admet si le défunt n'a laissé aucun bien.

Annuler la dette d'un ami pauvre et considérer que sa zakat est payée n'acquitte pas l'obligation. La zakat suppose une remise effective d'argent à la personne aidée, qui en dispose ensuite librement, y compris pour vous rembourser si elle le souhaite, sans condition posée d'avance.

Le réfugié

Le réfugié démuni arrivé en France reçoit au titre de la pauvreté, comme tout musulman dans le besoin. Ibn as-sabil désigne plutôt celui qui est de passage et coupé de ses biens. Dans les deux cas, l'aide sert d'abord à couvrir nourriture, logement et démarches, ce qui correspond à l'objet de la zakat, et l'urgence d'une famille arrivée sans rien justifie un versement rapide.

Faut-il répartir la zakat entre les 8 catégories ?

Il n'est pas obligatoire de répartir la zakat entre les 8 catégories selon les hanafites, les malikites et les hanbalites : toute la somme peut aller à un seul groupe, voire à une seule personne. Le principe premier du madhhab chafiite exigeait la répartition, mais ses juristes tardifs ont suivi la majorité.

Les partisans de la majorité s'appuient sur le hadith de Mu'adh, envoyé au Yémen avec l'ordre de prendre la zakat des riches et de la rendre aux pauvres, sans mention des autres groupes (al-Boukhari n° 1496, Muslim n° 19). Un seul foyer pauvre peut donc recevoir toute votre zakat, dans la limite de ce qui lui suffit pour douze mois selon Ibn Baz. Le chafiite al-Shirbini, dans Mughni al-Muhtaj, signale que ses confrères tardifs se sont ralliés à cet avis. L'inconvénient d'un don unique est ailleurs : il prive les autres personnes dans le besoin de votre entourage, ce qui peut plaider pour partager la somme.

Quand donner la zakat ?

La zakat al-maal se donne dès qu'un cycle lunaire complet, le hawl, s'est écoulé sur un patrimoine qui atteint le seuil de la zakat. Le versement doit être rapide selon la majorité des madhhabs. Il est permis de verser avant l'échéance, et de retarder seulement pour un motif valable.

Les tenants du versement rapide citent le hadith d'Uqba ibn al-Harith : le Prophète fit distribuer sans attendre un morceau d'or de l'aumône qu'il ne voulait pas garder une nuit chez lui (al-Boukhari n° 1430). Contrairement à la zakat al-fitr, due par tous à la fin du Ramadan, la zakat al-maal n'a pas de date commune : chaque patrimoine suit sa propre échéance. Le calendrier lunaire compte environ 354 jours, soit onze jours de moins que le calendrier civil : une date anniversaire fixée en janvier glisse donc vers décembre en quelques ans. Le montant dû relève d'un autre sujet, détaillé dans l'article sur le calcul du montant dû, de même que le nissab, le seuil de richesse qui déclenche l'obligation, exprimé en grammes d'or ou en grammes d'argent.

SituationAvis rapportéRéférence
Verser à l'échéanceObligation immédiate, sans retardMalikites, chafiites, hanbalites
Avancer le versementPermis après avoir atteint le seuilIbn Baz, Lajna Da'ima
Retarder le versementPermis pour un intérêt réelIbn Uthaymin, al-Sharh al-Mumti'
Paiement par mensualitésPossible si la zakat est avancéeLajna Da'ima, Imam Ahmad

Ibn Baz ne voit aucun inconvénient à l'avance lorsqu'elle sert un intérêt, par exemple le mérite du mois de Ramadan ou des pauvres au besoin pressant. La Lajna Da'ima admet de verser un ou deux ans avant l'échéance si l'intérêt le demande, et de remettre la somme au pauvre chaque mois. Étaler sa zakat en mensualités n'est donc possible qu'en l'avançant, jamais en repoussant ce qui est déjà dû. Ibn Uthaymin, dans al-Sharh al-Mumti' (tome 6, page 189), admet le retard pour chercher un destinataire digne ou pour servir les pauvres en hiver plutôt qu'en Ramadan, à condition de mettre la somme de côté ou de l'écrire.

Celui qui a laissé passer plusieurs échéances sans payer doit s'acquitter de la zakat de chacune, selon les quatre écoles. L'oubli ou l'ignorance ne fait pas disparaître le droit des pauvres sur ce patrimoine.

Peut-on confier sa zakat à une association ?

Confier sa zakat à une association, y compris par une collecte sur internet, est permis, l'association agissant alors comme mandataire du donateur. La zakat n'est acquittée que lorsqu'elle parvient à un ayant droit, et les salariés de l'association ne prennent pas le lot des agents de collecte, réservé à ceux que nomme l'autorité.

Ibn Uthaymin le rappelle dans Liqa al-Bab al-Maftouh : les amilina alayha sont ceux que l'État désigne. Interrogé sur un fonds de prêts au mariage, il refusait que ses employés soient payés sur la zakat, les salaires pouvant venir d'autres dons. Une association qui prélève ses frais de fonctionnement sur la zakat elle-même s'expose donc à une critique sérieuse. La Lajna Da'ima ajoute que l'association doit distribuer sans retarder quand des ayants droit existent.

  • Un fonds zakat séparé des autres dons, avec une comptabilité distincte
  • Des ayants droit identifiés par groupe, pas un projet général de développement
  • Aucun frais de gestion prélevé sur la part zakat elle-même
  • Un délai de distribution annoncé sur le site, cohérent avec l'obligation de ne pas retarder
  • Un rapport annuel public qui distingue zakat et sadaqa et chiffre l'utilisation des fonds

Le droit fiscal français ignore la notion de zakat, mais il récompense le don. Selon la fiche officielle sur la réduction d'impôt pour les dons, un don à un organisme d'aide aux personnes en difficulté ouvre droit à une réduction au taux de 75 %, dans la limite de 2 000 euros pour les dons faits depuis le 14 octobre 2025, puis au taux de 66 % dans la limite de 20 % du revenu imposable.

La réduction fiscale relève du droit français et ne dit rien de la validité religieuse du versement, qui dépend uniquement de la situation de la personne aidée au bout de la chaîne. Un reçu fiscal prouve qu'un don a été encaissé, pas qu'il a atteint un pauvre : seule l'information publiée par l'association sur ses distributions, et sur l'impact réel auprès de la population aidée, permet de le vérifier.

Que faire si la zakat a été donnée à quelqu'un qui n'y avait pas droit ?

La zakat donnée par erreur à une personne non éligible reste valable, selon les hanafites et les hanbalites, si le donateur avait sérieusement vérifié la situation. Les malikites et les chafiites exigent au contraire de verser à nouveau. Une erreur commise sans vérification n'est excusée par personne.

Ibn Uthaymin retient la validité dans al-Sharh al-Mumti' (tome 6, page 265), avec cette règle : dans les actes d'adoration, c'est ce que pense celui qui agit qui compte. Les hanbalites citent le hadith de l'homme qui donna de nuit, sans le savoir, une aumône à un riche, et à qui l'on dit qu'elle avait été acceptée (al-Boukhari n° 1421, Muslim n° 1022), un texte qui concerne l'aumône volontaire. La vérification faite avant de verser est donc décisive : c'est elle qui sépare l'erreur excusée de la négligence.

Questions fréquentes

Comment calculer la zakat ?

Le calcul de la zakat al-maal applique un taux de 2,5 % à l'épargne et aux biens soumis qui dépassent le seuil, exprimé en grammes de métal précieux, pendant un cycle lunaire complet. La résidence principale et la voiture personnelle en sont exclues. Le détail des postes et des exemples chiffrés fait l'objet d'un article dédié.

Pourquoi donner la zakat ?

Donner la zakat est une obligation religieuse, troisième pilier de l'islam, et une purification du patrimoine selon le verset 103 de la sourate At-Tawba. Elle organise une justice sociale concrète : une fraction fixe de la richesse de la communauté revient chaque année aux plus démunis, sans dépendre de la générosité du moment.

La zakat al-fitr va-t-elle aux mêmes bénéficiaires ?

La zakat al-fitr, due avant la prière de l'Aïd el-Fitr, revient selon Ibn Uthaymin aux seuls pauvres et indigents, et non aux huit groupes de la zakat al-maal. Son montant, sa date limite et la question du versement en argent sont détaillés dans l'article consacré à l'aumône de fin de Ramadan et son montant.

Avant de verser, une seule question

Tout ce qui précède se ramène à un test simple, à faire pour chaque personne ou structure à qui vous pensez verser : dans lequel des huit groupes entre-t-elle, et sur quelle information vous fondez-vous pour le dire ? Si la réponse est un proche dans le besoin que vous n'êtes pas tenu d'entretenir, vous cumulez l'aumône et le lien familial. Si c'est une association, la réponse dépend de ce qu'elle publie sur la destination finale des fonds. Si vous ne savez pas répondre, le versement peut attendre quelques jours de vérification. Connaissez-vous aujourd'hui, autour de vous, une personne qui entre réellement dans l'un de ces huit groupes ?

À qui donner la zakat : les 8 bénéficiaires et quand la verser