Salat janaza : déroulement de la prière mortuaire, takbirs et invocations

Kone

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Souleymane

22 min de lecture
Bannière vert clair avec le titre Salat janaza, les 4 takbirs, et une arche de mihrab stylisée contenant une étoile à huit branches

À retenir :

  • La salat janaza se prie debout, sans inclinaison ni prosternation, en 4 takbirs suivis d'un salut final
  • Assister à la prière vaut un qirat de récompense, rester jusqu'à l'enterrement en vaut 2, selon al-Bukhari n° 1325 et Muslim n° 945
  • Après le troisième takbir, l'invocation pour le défunt forme le cœur de la prière, avec des formules transmises par Muslim et Abou Dawoud
  • La prière mortuaire est une obligation collective : quand une partie des musulmans l'accomplit, les autres en sont déchargés

La salat janaza est la prière que les musulmans accomplissent debout sur un défunt musulman avant son enterrement : quatre takbirs, la Fatiha, la prière sur le Prophète, une invocation pour le mort, puis un salut final.

L'annonce tombe souvent à la fin d'une prière obligatoire à la mosquée : l'imam signale un défunt, les rangs se reforment, et une partie des fidèles ne sait plus quoi réciter entre deux takbirs. Sur les dix premiers résultats de recherche Google relevés le 24 octobre 2026, sept sont publiés par des pompes funèbres ou des boutiques en ligne. La salat al-janaza (aussi écrite salat janazah, salat el janaza ou salât al-janâza) mérite pourtant d'être apprise sur ses sources. Cet article détaille le rite étape par étape et ce qu'on dit après chaque takbir, avec les invocations en arabe, en phonétique et en traduction, la position de l'imam selon qu'il s'agit d'un homme ou d'une femme, la prière sur l'absent et au cimetière, le cas de l'enfant, les règles et les divergences, avec le numéro de chaque hadith et l'avis nommé de chaque savant.

Quelle est la signification de Salat Janaza ?

Salat janaza signifie en arabe la prière sur le défunt : salat désigne la prière, janaza désigne le mort placé sur sa civière. La prière mortuaire en islam est une intercession collective, par laquelle les vivants demandent à Allah de pardonner au défunt et de lui faire miséricorde avant qu'il ne soit mis en terre.

La janaza (جنازة) désigne le corps du défunt sur la civière, et par extension le convoi funéraire. La salat al-janaza est une prière sans appel à la prière (adhan) ni iqama, sans inclinaison ni prosternation, qui se fait entièrement debout et se termine par le salut.

Le sens de cette prière tient dans son contenu : sur quatre takbirs, deux sont consacrés à demander pardon pour le défunt et pour les musulmans. C'est un acte de foi et de solidarité envers le mort, qui ne peut plus rien faire pour lui-même, et un rappel pour ceux qui prient. Il ne s'agit pas de rendre hommage au défunt comme lors d'une cérémonie civile, mais de demander à Dieu de lui pardonner. Les commentateurs du hadith de Muslim n° 963 en résument le but : l'objectif principal de la prière funéraire est d'intercéder en faveur du défunt et de demander pardon pour lui.

La prière n'est pas le seul geste que la famille et la communauté musulmane peuvent faire pour un mort. Les textes mentionnent aussi l'invocation à tout moment, le règlement de ses dettes et une aumône offerte au nom du défunt, qui relèvent d'autres règles que celles de la prière.

Comment faire la prière mortuaire ?

La prière mortuaire se fait debout, dans la direction de la qibla, derrière l'imam qui se tient debout face au corps. Le fidèle prononce quatre takbirs : la Fatiha après le premier, la prière sur le Prophète après le deuxième, l'invocation pour le défunt après le troisième, puis un court silence et le salut après le quatrième.

Le hadith d'Abou Umama ibn Sahl, rapporté par an-Nasa'i et authentifié par Al-Albani dans Sahih an-Nasa'i n° 1988, décrit cette sunna : réciter la Fatiha à voix basse après le premier takbir, puis prononcer trois takbirs, et saluer à la fin. Pour accomplir la salat janaza, voici le déroulé complet, étape par étape.

  1. Formuler dans le cœur l'intention de prier sur ce défunt : la prononcer à voix haute n'est pas nécessaire.
  2. Dire le premier takbir, Allahou akbar (Allâhu akbar), en levant les mains, puis réciter la sourate al-Fatiha à voix basse.
  3. Dire le deuxième takbir, puis réciter la prière sur le Prophète, la même que dans le tachahhoud.
  4. Dire le troisième takbir, puis invoquer Allah pour le défunt avec les formules rapportées.
  5. Dire le quatrième takbir, marquer un bref silence, puis saluer à droite par as-salâmu 'alaykum, comme dans la prière ordinaire.
TakbirCe qu'on réciteRéférence
Premier takbirLa Fatiha, à voix basseAl-Bukhari n° 1335
Deuxième takbirLa prière sur le ProphèteIbn Baz, Majmou' al-Fatawa 13/144
Troisième takbirL'invocation pour le défuntMuslim n° 963
Quatrième takbirBref silence, puis le salutIbn Baz, Majmou' al-Fatawa 13/147

Aucune rak'a, aucun rukou', aucun soujoud : c'est ce qui distingue la prière funéraire de toutes les autres prières. Le fidèle reste debout du premier takbir au salut, ce qui explique que la prière dure rarement plus de quelques minutes.

Que dire pendant la salat janaza ?

Pendant la salat janaza, on récite la Fatiha après le premier takbir, la prière sur le Prophète après le deuxième et une invocation pour le défunt après le troisième. Ces trois récitations se font à voix basse, y compris par l'imam, et rien n'est imposé après le quatrième takbir selon Ibn Baz.

Après le premier takbir : la Fatiha

Talha ibn Abdallah ibn Awf rapporte avoir prié derrière Ibn Abbas (ra) sur un défunt. Ibn Abbas a récité la Fatiha de façon audible, puis a expliqué son geste.

J'ai prié derrière Ibn Abbas sur un défunt, et il a récité la Fatiha. Il a dit : afin qu'ils sachent que c'est une sunna.

Talha ibn Abdallah ibn Awf, rapporté par al-Bukhari n° 1335

La récitation à voix haute était ici un enseignement, la règle restant la voix basse comme l'indique le hadith d'Abou Umama. Ibn Baz juge la Fatiha obligatoire dans cette prière, parce qu'elle reste une prière, et il considère comme meilleur d'ajouter une courte sourate après elle (Majmou' al-Fatawa, volume 13, page 144). La Fatiha seule suffit selon le même savant.

Après le deuxième takbir : la prière sur le Prophète

Après le deuxième takbir, le fidèle récite la prière abrahamique sur le prophète Mohammed, celle que le Messager d'Allah (sws) a enseignée à ses compagnons et que l'on dit à la fin du tachahhoud. Cheikh Ibn Baz rapporte que les savants la tiennent pour obligatoire dans la prière funéraire et qu'elle ne doit pas être omise.

ArabePhonétiqueTraduction
اللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى مُحَمَّدٍ وَعَلَى آلِ مُحَمَّدٍ، كَمَا صَلَّيْتَ عَلَى إِبْرَاهِيمَ وَعَلَى آلِ إِبْرَاهِيمَ، إِنَّكَ حَمِيدٌ مَجِيدٌAllâhumma salli 'alâ Muhammadin wa 'alâ âli Muhammad, kamâ sallayta 'alâ Ibrâhîma wa 'alâ âli Ibrâhîm, innaka hamîdun majîdÔ Allah, prie sur Muhammad et sur la famille de Muhammad, comme Tu as prié sur Ibrahim et sur la famille d'Ibrahim, Tu es digne de louange et de gloire
اللَّهُمَّ بَارِكْ عَلَى مُحَمَّدٍ وَعَلَى آلِ مُحَمَّدٍ، كَمَا بَارَكْتَ عَلَى إِبْرَاهِيمَ وَعَلَى آلِ إِبْرَاهِيمَ، إِنَّكَ حَمِيدٌ مَجِيدٌAllâhumma bârik 'alâ Muhammadin wa 'alâ âli Muhammad, kamâ bârakta 'alâ Ibrâhîma wa 'alâ âli Ibrâhîm, innaka hamîdun majîdÔ Allah, bénis Muhammad et la famille de Muhammad, comme Tu as béni Ibrahim et la famille d'Ibrahim, Tu es digne de louange et de gloire (Ka'b ibn Ujra, al-Bukhari n° 3370, Muslim n° 406)

Quelles sont les invocations pour le défunt ?

Les invocations pour le défunt, ou douaa pour le défunt, se disent après le troisième takbir. Les deux invocations recommandées les plus sûres sont celle d'Awf ibn Malik, rapportée par Muslim n° 963, et celle d'Abou Hurayra, rapportée par Abou Dawoud n° 3201 et authentifiée par Al-Albani. Le fidèle peut aussi invoquer avec ses propres mots.

Awf ibn Malik (ra) raconte que le Prophète (sws) a prié sur un mort et qu'il a retenu par cœur son invocation. Muslim est le seul des deux Sahih à la rapporter, et elle demande pour le défunt le pardon, la purification et le Paradis.

ArabePhonétiqueTraduction
اللَّهُمَّ اغْفِرْ لَهُ وَارْحَمْهُ، وَعَافِهِ وَاعْفُ عَنْهُ، وَأَكْرِمْ نُزُلَهُ، وَوَسِّعْ مُدْخَلَهُAllâhumma ghfir lahu warhamhu, wa 'âfihi wa'fu 'anhu, wa akrim nuzulahu, wa wassi' mudkhalahuÔ Allah, pardonne-lui et fais-lui miséricorde, préserve-le et efface ses fautes, honore son accueil et élargis sa demeure
وَاغْسِلْهُ بِالْمَاءِ وَالثَّلْجِ وَالْبَرَدِ، وَنَقِّهِ مِنَ الْخَطَايَا كَمَا نَقَّيْتَ الثَّوْبَ الْأَبْيَضَ مِنَ الدَّنَسِWaghsilhu bil-mâ'i wath-thalji wal-barad, wa naqqihi mina l-khatâyâ kamâ naqqayta th-thawba l-abyada mina d-danasLave-le avec l'eau, la neige et la grêle, et purifie-le de ses fautes comme Tu purifies le vêtement blanc de la souillure
وَأَبْدِلْهُ دَارًا خَيْرًا مِنْ دَارِهِ، وَأَهْلًا خَيْرًا مِنْ أَهْلِهِ، وَزَوْجًا خَيْرًا مِنْ زَوْجِهِWa abdilhu dâran khayran min dârihi, wa ahlan khayran min ahlihi, wa zawjan khayran min zawjihiDonne-lui en échange une demeure meilleure que la sienne, une famille meilleure que la sienne et une épouse meilleure que la sienne
وَأَدْخِلْهُ الْجَنَّةَ، وَأَعِذْهُ مِنْ عَذَابِ الْقَبْرِ، أَوْ مِنْ عَذَابِ النَّارِWa adkhilhu l-janna, wa a'idh-hu min 'adhâbi l-qabri, aw min 'adhâbi n-nârFais-le entrer au Paradis et protège-le du châtiment de la tombe, ou du châtiment du Feu (Awf ibn Malik, Muslim n° 963)

La seconde formule, rapportée par Abou Hurayra (ra), est une invocation pour l'ensemble des musulmans, vivants et morts, que le Prophète (sws) prononçait lorsqu'il priait sur un défunt. Abou Dawoud la rapporte sous le n° 3201, Ibn Majah sous le n° 1498, at-Tirmidhi également, et Cheikh Al-Albani la juge authentique dans Sahih Abi Dawoud.

ArabePhonétiqueTraduction
اللَّهُمَّ اغْفِرْ لِحَيِّنَا وَمَيِّتِنَا، وَصَغِيرِنَا وَكَبِيرِنَا، وَذَكَرِنَا وَأُنْثَانَا، وَشَاهِدِنَا وَغَائِبِنَاAllâhumma ghfir li-hayyinâ wa mayyitinâ, wa saghîrinâ wa kabîrinâ, wa dhakarinâ wa unthânâ, wa châhidinâ wa ghâ'ibinâÔ Allah, pardonne à nos vivants et à nos morts, à nos petits et à nos grands, à nos hommes et à nos femmes, aux présents et aux absents
اللَّهُمَّ مَنْ أَحْيَيْتَهُ مِنَّا فَأَحْيِهِ عَلَى الْإِيمَانِ، وَمَنْ تَوَفَّيْتَهُ مِنَّا فَتَوَفَّهُ عَلَى الْإِسْلَامِAllâhumma man ahyaytahu minnâ fa-ahyihi 'alâ l-îmân, wa man tawaffaytahu minnâ fa-tawaffahu 'alâ l-islâmÔ Allah, celui d'entre nous que Tu fais vivre, fais-le vivre dans la foi, et celui que Tu rappelles, rappelle-le dans l'islam
اللَّهُمَّ لَا تَحْرِمْنَا أَجْرَهُ، وَلَا تُضِلَّنَا بَعْدَهُAllâhumma lâ tahrimnâ ajrahu, wa lâ tudillanâ ba'dahuÔ Allah, ne nous prive pas de sa récompense et ne nous égare pas après lui (Abou Hurayra, Abou Dawoud n° 3201)

Les pronoms s'accordent avec le défunt. Pour une femme, on dit lahâ au lieu de lahu (اللَّهُمَّ اغْفِرْ لَهَا وَارْحَمْهَا), et pour plusieurs défunts lahum. Ibn Baz précise que la forme plurielle convient quand on prie sur des hommes et des femmes réunis, et la forme duelle pour deux défunts.

Les invocations pour un enfant

Pour un enfant, la prière garde les mêmes takbirs, mais l'invocation se tourne vers ses parents. Le hadith d'al-Mughira ibn Chou'ba (ra), rapporté par Abou Dawoud n° 3180 et authentifié par Al-Albani dans Sahih Abi Dawoud, précise que même le fœtus né sans vie (as-siqt) reçoit la prière, et que l'on invoque pour ses parents le pardon et la miséricorde.

ArabePhonétiqueTraduction
اللَّهُمَّ اجْعَلْهُ لَنَا فَرَطًا وَسَلَفًا وَأَجْرًاAllâhumma j'alhu lanâ faratan wa salafan wa ajrâÔ Allah, fais de lui pour nous un précurseur, un devancier et une récompense (al-Hasan al-Basri, cité par al-Bukhari en titre de chapitre)
اللَّهُمَّ اجْعَلْهُ ذُخْرًا لِوَالِدَيْهِ، وَفَرَطًا، وَشَفِيعًا مُجَابًاAllâhumma j'alhu dhukhran li-wâlidayhi, wa faratan, wa chafî'an mujâbâÔ Allah, fais de lui un trésor pour ses parents, un précurseur et un intercesseur exaucé (formule recommandée par Ibn Baz)

Ces deux formules ne sont pas des paroles du Prophète. La première est un athar d'al-Hasan al-Basri, un tabi'i, que l'imam al-Bukhari cite dans le titre du chapitre sur la Fatiha dans la prière funéraire. La seconde est une formule que Cheikh Ibn Baz recommande d'ajouter. Les présenter comme des hadiths serait une erreur : ce sont des formules permises, pas une sunna prophétique.

Comment se déroule une Salat Janaza ?

Une salat janaza se déroule en trois temps : le corps est posé devant l'imam, les fidèles se rangent en lignes derrière lui, puis l'imam prononce les quatre takbirs à voix haute tandis que chacun récite à voix basse. Le convoi part ensuite vers le cimetière pour l'inhumation, souvent dans le carré musulman quand la commune en dispose.

La place de l'imam dépend du défunt. Abou Ghalib rapporte avoir vu Anas ibn Malik (ra) prier sur un homme en se tenant au niveau de sa tête, puis sur une femme en se tenant au niveau du milieu de son corps, en précisant que le Prophète (sws) faisait ainsi. Samoura ibn Joundoub confirme le cas de la femme : il a prié derrière le Prophète sur une femme morte en couches, et l'imam s'est tenu au niveau de son milieu.

DéfuntOù se tient l'imamRéférence
Salat janaza hommeAu niveau de la têteAbou Dawoud n° 3194, authentifié par Al-Albani
Salat janaza femmeAu niveau du milieu du corpsAl-Bukhari n° 1332, Muslim n° 964
Plusieurs défuntsUne seule prière pour tousIbn Baz, forme plurielle de l'invocation

Abou Ghalib décrit aussi le rythme : quatre takbirs prononcés posément, ni précipités ni étirés. L'imam les dit à voix haute pour que les rangs le suivent, et les fidèles récitent à voix basse, comme l'indique le hadith d'Abou Umama. Le déroulement salat janaza est donc court et silencieux pour les fidèles, seul l'imam élevant la voix aux takbirs.

En France, lors des obsèques, la prière se tient souvent à la mosquée, juste après une prière obligatoire, le corps arrivant en cercueil depuis le funérarium. L'organisation des funérailles par les pompes funèbres ne change rien au contenu de la prière. Prier sur un mort à l'intérieur de la mosquée est permis : Aïcha (ra) a demandé que le corps de Sa'd ibn Abi Waqqas passe par la mosquée pour qu'elle prie sur lui, en rappelant que le Prophète avait prié sur Souhayl ibn Bayda dans la mosquée (Muslim n° 973). Ibn Baz et Ibn Uthaymin retiennent cette permission.

Quelles sont les règles de la Salat Janaza ?

Les règles de la salat janaza tiennent en quelques points : elle est une obligation collective (fard kifaya), elle se fait en état de pureté et tourné vers la qibla, elle compte quatre takbirs dans la pratique la plus suivie, et elle se termine par un salut. Plusieurs détails font l'objet de divergences entre savants.

Le statut de fard kifaya fait l'objet d'un consensus rapporté par an-Nawawi dans al-Majmou' (5/212), par Ibn Hazm et par Ibn al-Moulaqqin, que l'encyclopédie de fiqh de dorar.net réunit avec leurs références. Le Prophète (sws) a dit à ses compagnons, devant un défunt endetté : priez sur votre compagnon (al-Bukhari n° 2295). Si personne ne prie sur un musulman, toute la communauté qui en avait connaissance est en faute ; si quelques-uns le font, cet accomplissement suffit et l'obligation est levée pour les autres.

La majorité des juristes exige comme conditions pour prier sur un mort celles de la prière ordinaire : les ablutions, la pureté du corps et du vêtement, l'orientation vers la qibla. Les points suivants sont ceux sur lesquels les avis divergent.

QuestionAvis rapportésRéférence
Nombre de takbirsQuatre, la pratique la plus suivie ; cinq est aussi rapportéMuslim n° 951 et n° 957
Lever les mainsÀ chaque takbir selon Ibn Baz et Ibn Uthaymin ; au premier seulement chez les hanafites et malikitesIbn Baz 13/148, Ibn Uthaymin 17/134
Nombre de salutsUn seul à droite selon Ibn Baz et Ibn Uthaymin ; deux permisIbn Baz 13/141, Ibn Uthaymin 17/130

Zayd ibn Arqam (ra) prononçait habituellement quatre takbirs sur les morts, mais il en a dit cinq une fois, et il a répondu à ceux qui s'en étonnaient que le Prophète (sws) le faisait (Muslim n° 957). Ibn Baz retient que quatre est préférable, puisque c'est le nombre que le Prophète a prononcé sur an-Najashi (Majmou' al-Fatawa, 13/147). Sur le salut, Al-Albani juge hasan, dans Ahkam al-Jana'iz, le récit d'Ibn Mas'oud selon lequel le salut de la prière funéraire est semblable à celui de la prière ordinaire, et il admet un ou deux saluts. Ibn Uthaymin ajoute qu'il n'y a pas de mal à saluer deux fois (Majmou' al-Fatawa, 17/130).

Qui peut prier la Salat Janaza ?

Tout musulman, homme ou femme, peut prier la salat janaza sur un défunt musulman. Une seule personne suffit à lever l'obligation, la prière en groupe étant la sunna. La priorité pour diriger revient à la personne désignée par le défunt dans son testament, ou à l'imam de la mosquée quand la prière s'y tient.

Les quatre écoles s'accordent à permettre aux femmes de prier sur un mort, en s'appuyant sur le récit d'Aïcha rapporté par Muslim n° 973. Si seules des femmes sont présentes, elles prient et l'obligation est levée par elles. La prière d'une femme ne diffère en rien de celle d'un homme dans ses takbirs et ses récitations. Suivre le convoi jusqu'au cimetière est une autre question : Oumm Atiyya (ra) rapporte que les femmes en ont été dissuadées sans interdiction ferme (al-Bukhari n° 1278, Muslim n° 938). Les chaféites et les hanbalites y voient une simple réprobation, tandis que les hanafites, Ibn Baz et Ibn Uthaymin le tiennent pour interdit.

Sur qui prie-t-on ? Sur tout défunt musulman avant son enterrement, adulte ou enfant, le hadith d'al-Mughira incluant le fœtus né sans vie. Pour diriger, Ibn Baz et Ibn Uthaymin donnent la priorité à l'imam de la mosquée lorsque la prière y a lieu ; Ibn Uthaymin précise que hors de la mosquée, la personne désignée par testament passe en premier.

Peut-on faire la prière mortuaire sur un absent ?

La prière mortuaire sur un absent, appelée salat al-gha'ib, repose sur un seul précédent établi : le Prophète (sws) a prié avec ses compagnons sur an-Najashi, le roi d'Abyssinie, le jour de sa mort, en prononçant quatre takbirs (al-Bukhari n° 1245, Muslim n° 951). Les savants divergent sur les personnes concernées.

  • Ibn Baz la réserve aux défunts qui ont eu une place dans l'islam, savants ou dirigeants justes, et rappelle que le Prophète n'a pas prié sur chaque absent
  • La Lajna Da'ima la permet en la limitant à ceux qui ont une importance dans l'islam (Fatawa al-Lajna, 8/418)
  • Ibn Uthaymin, à la suite d'Ibn Taymiyya et d'Ibn al-Qayyim, la réserve au défunt sur lequel personne n'a prié là où il est mort
  • Les chaféites et les hanbalites l'autorisent pour tout défunt mort hors de la ville de celui qui prie, selon Ibn Qudama

Ibn Baz expose ce cadre dans sa fatwa sur la prière à distance pour un mort, où il qualifie le récit d'an-Najashi de seul hadith établi sur la question. La pratique de prier chaque vendredi sur tous les absents n'a donc pas d'appui chez ces savants. Pour une famille installée en France dont un parent meurt au pays, la question se pose concrètement : selon l'avis d'Ibn Uthaymin, la prière à distance n'a lieu d'être que si personne n'a prié sur lui sur place.

La prière au cimetière

Celui qui a manqué la prière peut prier sur la tombe après l'enterrement. Abou Hurayra (ra) rapporte qu'une personne qui balayait la mosquée était morte et avait été enterrée de nuit sans que le Prophète en soit informé ; il a demandé où était sa tombe et il a prié sur elle (al-Bukhari n° 458, Muslim n° 956). Ibn Baz relève que la durée la plus longue rapportée est d'un mois après l'enterrement, et juge plus prudent de s'abstenir au-delà en raison de la divergence (Majmou' al-Fatawa, 13/154).

Le cas du rapatriement est fréquent en France : une prière est faite à la mosquée avant le départ du corps, puis une autre dans le pays d'origine. La majorité des juristes des quatre écoles rejette la répétition de la prière sur un défunt déjà prié, en la jugeant interdite ou déconseillée. Ibn Taymiyya et Ibn Baz (Majmou' al-Fatawa, 13/153) admettent en revanche qu'un groupe qui n'a pas encore prié le fasse, et les chaféites comme les hanbalites permettent à celui qui a manqué la prière de la faire sur la tombe.

Quels sont les bienfaits de la Salat Janaza ?

Les bienfaits de la salat janaza sont chiffrés par les hadiths : un qirat de récompense pour celui qui assiste à la prière, deux qirats pour celui qui reste jusqu'à l'enterrement, et l'intercession acceptée en faveur du défunt quand quarante musulmans, ou cent selon un autre récit, prient sur lui.

Celui qui assiste au convoi jusqu'à ce que la prière soit faite a un qirat, et celui qui y assiste jusqu'à l'enterrement a deux qirats. On demanda : que sont les deux qirats ? Il répondit : l'équivalent de deux immenses montagnes.

Abou Hurayra, rapporté par al-Bukhari n° 1325 et Muslim n° 945

Ibn Abbas a attendu que les gens se rassemblent avant de prier sur son fils, puis il a rapporté la parole du Messager d'Allah : quarante hommes qui n'associent rien à Allah et prient sur un musulman voient leur intercession acceptée en sa faveur (Muslim n° 948). Aïcha rapporte un récit voisin avec le chiffre de cent musulmans (Muslim n° 947).

Ces récompenses expliquent l'importance de la salat janaza dans la vie de la communauté, et l'accompagnement du convoi jusqu'à la tombe double également le mérite. Le mérite du qirat est attaché à la présence, pas à un lien de parenté : prier sur un inconnu à la mosquée vaut la même récompense que prier sur un proche. Pour le défunt, la prière est une intercession des vivants, distincte des œuvres qui continuent après la mort qu'il a lui-même laissées.

Quelles erreurs éviter pendant la prière mortuaire ?

Les erreurs à éviter pendant la prière mortuaire concernent surtout des ajouts sans source : une invocation d'ouverture, une récitation imposée après le quatrième takbir, ou la répétition de la prière par le même groupe. D'autres points sont débattus, et chaque avis est ici rapporté avec son auteur.

  • L'invocation d'ouverture (istiftah) : Ibn Baz dit qu'il n'y a pas de mal à la dire ni à la laisser (Majmou' al-Fatawa, 13/141), Ibn Uthaymin rapporte que les savants ne la jugent pas recommandée, la prière funéraire étant fondée sur la légèreté.
  • Une récitation après le quatrième takbir : Ibn Baz affirme que rien n'est établi à cet endroit (13/147), tandis qu'Ibn Uthaymin et Al-Albani permettent une courte invocation avant le salut.
  • La récitation à voix haute par les fidèles : la sunna est la voix basse, Ibn Abbas n'ayant élevé la voix que pour enseigner.
  • L'inclinaison ou la prosternation : c'est une prière sans inclinaison ni soujoud, et un fidèle habitué aux prières ordinaires doit y prendre garde.

Une invocation personnelle en français reste valable après le troisième takbir pour celui qui ne connaît pas les formules arabes : les commentateurs de Muslim n° 963 rappellent que les formules rapportées sont préférables, mais que d'autres mots sont permis. Pour la suite, ce que la famille peut faire pour le défunt après l'enterrement, invocation, dettes et sadaqa pour un proche décédé, relève d'autres textes.

Questions fréquentes

Que faire si on arrive en retard à la salat janaza ?

Celui qui arrive en retard entre dans la prière dès son arrivée, sans attendre le takbir suivant, selon les chaféites, les hanbalites et Ibn Uthaymin, puis complète les takbirs manqués après le salut. Ibn Baz qualifie ce rattrapage de sunna ; Ibn Uthaymin le juge recommandé, la prière restant valable sans lui.

Peut-on faire la salat janaza sans imam ?

La salat janaza peut être faite seul : une seule personne suffit à lever l'obligation collective, selon les hanafites, les chaféites, les hanbalites et une partie des malikites, et an-Nawawi rapporte l'accord sur sa validité. La prière en groupe derrière un imam reste la sunna et multiplie les intercesseurs pour le défunt.

Peut-on prier la salat janaza après l'asr ou le fajr ?

Prier la salat janaza après le fajr et après l'asr est permis par consensus, rapporté notamment par Ibn Qudama et an-Nawawi. Les trois moments du lever du soleil, du zénith et du coucher sont débattus : Ibn Baz les évite selon le hadith d'Uqba ibn Amir (Muslim n° 831), Ibn Uthaymin et la Lajna Da'ima les permettent.

Combien de temps dure une salat janaza ?

Une salat janaza dure quelques minutes, puisqu'elle ne comporte que quatre takbirs, une Fatiha, la prière sur le Prophète et une invocation, sans rak'a. Aucun texte ne fixe sa durée. Abou Ghalib rapporte seulement qu'Anas ibn Malik prononçait les takbirs posément, sans les précipiter ni les étirer (Abou Dawoud n° 3194).

Avant la prochaine prière sur un défunt

La prochaine annonce d'un défunt à la mosquée arrivera sans prévenir, souvent à la fin d'une prière ordinaire. Retenir l'ordre des quatre takbirs prend quelques minutes, apprendre la première ligne de l'invocation d'Awf ibn Malik un peu plus. Le reste se transmet en famille : expliquer à un enfant ce qu'il récite derrière l'imam, ou à un proche converti pourquoi il n'y a ni inclinaison ni prosternation. Et vous, connaissez-vous déjà par cœur la formule que vous direz après le troisième takbir ?

Salat janaza : déroulement, takbirs et invocations pour le défunt