Les 10 jours de Dhoul Hijja : mérites, jeûne et jour d'Arafat

Kone

Kone

Souleymane

11 min de lecture
Lanternes traditionnelles illustrant les dix premiers jours de Dhoul Hijja

À retenir :

  • Aucun jour de l'année ne surpasse ces 10 jours selon un hadith d'al-Bukhari.
  • Le jeûne d'Arafat efface les fautes de 2 années, la passée et la suivante.
  • Le pèlerin à Arafat ne jeûne pas ce jour-là, contrairement à ce qu'on croit.
  • En 1448, la période devrait courir du 7 au 16 mai 2027.

Les dix premiers jours de Dhoul Hijja sont ceux durant lesquels les bonnes œuvres sont les plus aimées d'Allah selon un hadith authentique, et ils se concluent par le jour de l'Aïd al-Adha et son sacrifice.

Beaucoup de musulmans connaissent le Ramadan et ignorent cette période, qui lui est pourtant comparable en mérite selon les textes. Elle se termine par l'Aïd, ce qui explique que les familles s'en préoccupent surtout au dernier moment, alors que l'essentiel se joue avant. Cet article donne les mérites avec leurs sources, le jeûne et ses règles, et un point sur le jour d'Arafat que la plupart des pages présentent à l'envers.

Quels sont les mérites des 10 jours ?

Le texte de référence est rapporté d'Ibn Abbas (ra) par al-Bukhari, et sa formulation est plus forte que ce que les reprises laissent entendre. Elle ne dit pas que ces jours sont bons, elle dit qu'aucun ne les dépasse.

Il n'est aucun jour où les bonnes œuvres sont plus aimées d'Allah que durant ces dix jours.

Ibn Abbas, rapporté par al-Bukhari

La suite du récit est rarement citée et elle mesure la portée de l'affirmation. Les compagnons demandèrent si même la lutte dans le sentier d'Allah n'était pas meilleure. La réponse fut que même celle-ci ne l'était pas, à l'exception de celui qui part avec sa vie et sa fortune et ne revient avec rien.

  • Toute œuvre compte : prière, jeûne, aumône, rappel, lecture du Coran, bon comportement.
  • Aucune obligation supplémentaire n'est créée par cette période.
  • La récompense porte sur le moment, pas sur la nature de l'acte accompli.
  • Un acte modeste accompli ces jours-là vaut plus que le même acte à un autre moment.

Pourquoi ces jours sont-ils sacrés ?

Dhoul Hijja, que l'on écrit aussi dhul hijjah ou dhu al hijja, est l'un des quatre mois sacrés du calendrier islamique, ce que le Coran établit. Le verset 28 de la sourate al-Hajj évoque des jours connus durant lesquels le nom d'Allah est invoqué, et les commentateurs y voient une référence à cette période. Sa dixième journée porte le sacrifice, sa neuvième le rassemblement d'Arafat, et le pèlerinage s'y accomplit en entier. Cette concentration d'actes majeurs en une seule période n'a pas d'équivalent.

JourCe qui s'y déroulePour qui
1 à 8Jeûner est recommandé, rappel, aumôneTous
9, jour d'arafahStation à Arafat, jeûne recommandéPèlerins et non-pèlerins
10, aid al adhaPrière puis jour du sacrificeTous
11 à 13Jours de tachriq, sacrifice encore valableTous

Pour l'année 1448, l'Aïd al-Adha est attendu le dimanche 16 mai 2027, sous réserve de l'observation du croissant. La période devrait donc courir du 7 au 16 mai, avec Arafat le samedi 15.

Comment jeûner pendant Dhoul Hijja ?

Le jeûne est recommandé pendant les neuf premiers jours du mois, et cette limite importe : le dixième jour, celui de l'Aïd, jeûner est interdit, de même que pendant les trois jours de tachriq qui suivent.

Une confusion fréquente consiste à croire que jeûner les dix jours serait plus méritoire. C'est l'inverse : jeûner le jour de l'Aïd est une faute. La période de jeûne s'arrête au neuvième jour, celui d'Arafat, qui en est le point culminant.

Rien n'oblige à jeûner les neuf premiers jours. Un musulman peut n'en jeûner qu'un, deux, ou seulement celui d'Arafat, et il accomplit une œuvre recommandée. Les savants rappellent que la régularité modeste vaut mieux que l'effort excessif suivi d'abandon.

Que faire quand on ne peut pas jeûner

Maladie, grossesse, allaitement, travail physique, traitement médical : les situations qui empêchent de jeûner sont nombreuses et aucune ne prive du mérite de la période.

Le hadith d'Ibn Abbas (ra) parle des bonnes œuvres au sens large, pas du jeûne en particulier. Une aumône, une invocation, un service rendu ou la lecture du Coran entrent dans la même promesse. Les savants insistent sur ce point pour éviter que les personnes empêchées ne se croient exclues d'une période qui leur reste entièrement ouverte.

Quel est le jour d'Arafat ?

Le neuvième jour de Dhoul Hijja est celui où les pèlerins se rassemblent sur la plaine d'Arafat, à l'extérieur de La Mecque. C'est le pilier central du pèlerinage : celui qui manque cette station n'a pas accompli le Hajj.

Le jeûne du jour d'Arafat expie les péchés de l'année précédente et de l'année suivante.

Abu Qatada, rapporté par Muslim

Vient maintenant le point que la plupart des pages présentent à l'envers. Ce jeûne concerne ceux qui ne sont pas en pèlerinage. Le Prophète (sws), paix et salut sur lui, se trouvait à Arafat lors du pèlerinage d'adieu et il n'a pas jeûné ce jour-là, ce que rapportent al-Bukhari et Muslim d'après Maymouna (ra), qui lui fit parvenir du lait qu'il but devant les gens.

La raison tenue par les savants est pratique : la station d'Arafat demande une endurance physique considérable sous la chaleur, et le jeûne la compromettrait. Un pèlerin qui jeûne ce jour-là va donc contre la sunna, tandis que celui qui est resté chez lui est encouragé à le faire.

Le lien avec Ibrahim

Ces jours ne prennent leur sens complet qu'en rapport avec l'épreuve d'Ibrahim, à qui il fut ordonné de sacrifier son fils avant qu'un bélier ne lui soit substitué. C'est cet événement que le jour du sacrifice commémore, et c'est lui qui relie le pèlerinage, le jeûne et l'immolation en un même ensemble.

La communauté musulmane revit chaque année cette séquence, des rituels du Hajj jusqu'à l'égorgement de la bête au dixième jour. Comprendre ce lien change le regard porté sur la période : ce ne sont pas dix journées de dévotion isolées, c'est une progression qui culmine dans un acte précis.

Quelles actions recommander durant ces jours ?

Le texte d'Ibn Abbas (ra) ne désigne aucun acte en particulier, ce qui ouvre le champ à toutes les œuvres. Les savants en recensent néanmoins plusieurs que la période met en avant.

  • Le takbir : prononcé du premier jour au coucher du soleil du douzième ou du treizième, à voix audible pour les hommes.
  • La sadaqah : sans montant ni destinataire imposés, orphelin ou proche dans le besoin, comme le détaille notre article sur les bénéficiaires du don.
  • La lecture du Coran, une sourate ou un verset, et le rappel d'Allah, qui ne coûtent rien.
  • Le maintien des liens familiaux, que les textes classent parmi les œuvres majeures.

Une règle propre à ceux qui comptent sacrifier s'ajoute dès l'entrée dans le mois. Ils s'abstiennent de se couper les cheveux et de tailler leurs ongles jusqu'à l'égorgement, selon un hadith rapporté par Muslim. C'est une sunna que la majorité tient pour fortement recommandée, certains hanbalites pour une obligation, et un oubli n'invalide rien.

Comment se préparer pour l'Aïd al-Adha ?

La préparation matérielle se joue bien avant ces dix jours, et c'est le décalage que beaucoup de familles découvrent trop tard. Les créneaux d'abattoir se réservent plusieurs semaines à l'avance, et les prestataires qui sacrifient à l'étranger clôturent leurs commandes avant le début du mois.

Le déroulement de la journée elle-même, de la grande ablution au partage de la viande, est traité dans notre article sur ce qu'il faut faire pendant les quatre jours de la fête. Les contraintes françaises, abattoir agréé et sacrificateur habilité, sont détaillées dans celui sur ce que la loi autorise.

Le takbir, du premier au treizième jour

Le takbir accompagne toute la période et c'est l'acte le plus visible de ces journées. Il se prononce dès l'entrée dans le mois et se poursuit jusqu'au coucher du soleil du treizième jour.

La formule. Allahu akbar, Allahu akbar, la ilaha illa Allah, wa Allahu akbar, Allahu akbar, wa lillahi al-hamd. Allah est le plus grand, il n'est de divinité qu'Allah, et à Allah la louange. Plusieurs variantes existent, toutes rapportées des compagnons, et aucune n'est imposée.

Deux formes coexistent que les savants distinguent. Le takbir absolu se dit à tout moment, dans la rue, chez soi, en voiture, sans rattachement à une prière. Le takbir restreint suit chaque prière obligatoire, à partir de l'aube du jour d'Arafat. Les hommes le prononcent à voix audible selon la tradition rapportée des compagnons, les femmes discrètement.

Quels hadiths parlent de ces jours ?

Trois textes structurent le sujet et il est utile de les distinguer, parce que plusieurs pages les fondent en un seul.

ContenuRapporteurRecueil
Aucun jour où les œuvres sont plus aiméesIbn Abbasal-Bukhari
Le jeûne d'Arafat expie deux annéesAbu QatadaMuslim
Le Prophète n'a pas jeûné à ArafatMaymounaal-Bukhari et Muslim
Abstention des cheveux et des onglesUmm SalamaMuslim

Un quatrième texte circule et demande prudence : celui qui attribue à chaque jour de cette période la valeur d'une année de jeûne, et à chaque nuit celle de la nuit du Destin. Sa chaîne est jugée faible par plusieurs spécialistes, et les savants prudents s'abstiennent de le citer alors qu'il figure sur de nombreuses pages francophones.

Une période accessible à ceux qui restent

Le pèlerinage concentre l'attention pendant ces jours, et beaucoup de musulmans qui ne partent pas vivent la période comme une frustration. Les textes ne vont pas dans ce sens.

Le mérite annoncé par le hadith d'Ibn Abbas (ra) ne vise pas les pèlerins, il vise tout le monde. Un croyant resté en France qui jeûne, donne et multiplie le rappel d'Allah accomplit exactement ce que le texte encourage. Le jeûne d'Arafat va même plus loin dans ce sens, puisqu'il est recommandé précisément à ceux qui ne sont pas sur place.

  • Aucun texte ne réserve le mérite de ces dix jours aux pèlerins.
  • Le jeûne d'Arafat concerne ceux qui sont restés chez eux.
  • Le sacrifice s'accomplit partout, en abattoir ou par procuration.
  • Le takbir collectif se prononce dans toutes les mosquées de France, pas seulement à La Mecque.

Questions fréquentes

Peut-on jeûner Arafat en rattrapant un jour de Ramadan ?

Les avis divergent sur le cumul des intentions. Plusieurs savants retiennent que le rattrapage obligatoire prime et qu'il faut commencer par lui, d'autres admettent que l'intention de rattrapage suffit et que la récompense du jour s'y ajoute. La question mérite d'être posée à un savant qui connaît la situation.

Le jeûne d'Arafat est-il obligatoire ?

Non, il est recommandé. Celui qui ne le fait pas ne commet aucune faute, et le hadith qui annonce l'effacement des fautes de deux années n'en fait pas une obligation. Les savants précisent par ailleurs que cet effacement porte sur les petits péchés.

Ces dix jours valent-ils mieux que les dix dernières nuits du Ramadan ?

Les savants distinguent : les jours de Dhoul Hijja seraient les meilleurs jours, et les dix dernières nuits du Ramadan les meilleures nuits, puisque celles-ci contiennent la nuit du Destin. Les deux périodes ne se comparent donc pas sur le même plan.

Ce qu'il faut anticiper

Deux choses se préparent en amont et une seule se vit sur le moment. Le créneau d'abattoir ou la commande auprès d'un prestataire se règlent avant l'entrée dans le mois. La décision de s'abstenir de se couper les cheveux se prend le premier jour. Le reste, le jeûne, le takbir, la sadaqah, se vit au fil des journées sans rien à organiser, et c'est précisément ce qui rend cette période accessible à tous, y compris à ceux qui ne partent pas en pèlerinage.